[Billet] – Pour en finir avec la théorie du ruissellement !

Par Marius-Joseph Marchetti,

 

 

« Nous luttons non pas pour et contre ce que sont les hommes, mais pour et contre la caricature que nous nous faisons d’eux. »

Joseph Schumpeter

 

Si j’ai décidé de débuter ce billet de la même manière que commence le livre de l’économiste Thomas Sowell, c’est car cette citation résume à merveille le faux débat sur la théorie du ruissellement qui a lieu lorsqu’un dirigeant propose des baisses d’impôts.

Après avoir lu ce livre inconnu du grand public et rédigé par Thomas Sowell, « Trinkle-down theory and the Tax cuts for the rich » (littéralement « La Théorie du Ruissellement et les cadeaux fiscaux des riches ») et avoir commencé à le traduire (traduction que nous vous offrirons ultérieurement dans le temps), certains détails me sont apparus, tels que les nombreux arguments fallacieux et caricaturaux qui sont utilisés par les adversaires de cette « non-existante » théorie du ruissellement.

Pourquoi fallacieux ? Car cette théorie n’a, dans l’histoire des théories économiques, aucune paternité. Il n’y en a pas une trace dans le pourtant monumental History of Economic Analysis de Joseph Schumpeter. Que dire donc des adversaires qui se battent contre un homme de paille qu’ils ont eux-mêmes créés pour transformer et calomnier l’argumentaire d’une théorie expliquant simplement qu’une baisse des impôts (et pas seulement des plus riches) peut modifier les incitations productives des agents économiques et entraîner une hausse des différents revenus des acteurs économiques et, in fine, des recettes fiscales ? Or, ce n’est pas ce qui est condamné par les adversaires de cette non-existante théorie du ruissellement, comme nous le rappelle Thomas Sowell :

« Le rédacteur du discours du Président Franklin D. Roosevelt, Samuel Rosenman, s’y est référé [en parlant de la théorie du ruissellement] comme à « la philosophie qui prévaut à Washington depuis 1921, que le but de l’Etat est de promouvoir la prospérité de ceux qui siègent et travaillent au sommet de la pyramide économique, dans la croyance que cette prospérité ruissellera jusqu’en bas et bénéficiera à tous. » Le même thème fut abordé durant la campagne électorale de 2008, lorsque le candidat à la présidentielle Barack Obama attaquait « la philosophie économique » qui « déclare que nous devrions donner toujours plus à ce qui ont le plus et espère que cette prospérité atteigne tous les autres.

Quand Samuel Rosenman se réfère à ce qui s’est produit « depuis 1921 », il se réfère à la série de baisse d’impôt encouragé par le Secrétaire au Trésor Andrew Mellow, et promulgué par le Sénat dans les années 20. Mais les arguments du Secrétaire Mellow n’avait rien à voir avec une quelconque « théorie du ruissellement ». Mellow mit en avant, que sous le régime des forts taux d’imposition ayant cours à la fin de l’administration de Woodrow Wilson en 1921, de vastes sommes d’argent ont été placés dans des abris fiscaux tels que des obligations d’Etat défiscalisées, au lieu d’être investis dans l’économie, où cette argent aurait généré plus de profits, revenus et emplois. »

 

L’argument du « cadeau pour les riches » est erroné, et cela sur deux points :

-Tout d’abord, les diminutions d’imposition sont réprimées alors même qu’elles touchent toutes les tranches d’imposition. Pourquoi me direz-vous ? Pour la simple et bonne raison que les gens appartenant aux tranches d’imposition supérieures épargneront plus grâce aux baisses d’impôts que ceux appartenant aux tranches inférieures.

-Ensuite, car le principal argument en faveur des baisses d’imposition n’a rien à voir avec un quelconque « rendez les riches plus riches », mais simplement « cessez de décourager les gens souhaitant entreprendre » :

« Les emplois et les richesses sont créés par ceux qui sont imposés, et non ceux par ceux qui taxent. Le gouvernement, par sa nature même, ne crée par de richesses, mais les redistribue. Afin de minimiser les dommages infligés à l’économie par les impôts, la meilleure façon de faire est d’avoir une large assiette avec un faible taux uniforme qui offre aux personnes et aux entreprises le moins d’incitations à éviter de déclarer un revenu imposable, et le moins grand nombre de niches fiscales pour échapper à l’imposition. »

Arthur Laffer[1]

 

L’argument originel en faveur des baisses d’impôts n’est d’ailleurs pas l’apanage des activistes pro-marchés ou des conservateurs, mais également de Démocrates comme le Président Kennedy ou d’économiste comme Lord Keynes :

 

« Alors que les arguments en faveur de baisse des hauts taux ont souvent été proféré par des économistes pro-marché libre ou conservateur au sens américain, des arguments sont parfois venus de personnalités d’autres bords, tel que John Maynard Keynes et les présidents démocrates Woodrow Wilson et John F. Kennedy. »

Thomas Sowell

 

Je vous mets au défi de me trouver le créateur de la théorie du ruissellement ou de trouver quelqu’un qui dit explicitement s’en revendiquer comme consistant à faire des « cadeaux aux riches ». Mais pour mieux vous permettre d’appréhender l’ironie de la la situation, je vous laisse, chers lecteurs, à cette petite bande dessinée pour vous permettre d’apprécier l’arnaque de la critique contre cette théorie qui n’existe pas.

 

Tintin

 

 

[1] : voir, pour plus de précision, notre précédent billet sur la progressivité de l’impôt

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