[Billet] – Les libertariens et le problème culturel : les peuples et les nations (Deuxième Partie)

Par Marius-Joseph Marchetti,

À la suite de notre premier billet sur le cosmopolitisme, nous traiterons dans ce deuxième billet la problématique suivante :

Les peuples et les nations existent-elles, et est-ce que le nationalisme est nocif en soi ?

“Les peuples n’existent qu’in abstracto ; les individus sont ce qui est réel.”

Arthur Schopenhauer

Pour traiter cette question, je me serviras d’un de mes anciens articles, publié sur le site Contrepoints. Celui-ci traitait de la notion de “communauté de destin” souvent utilisée par les nationalistes corses[1]. La communauté de destin, idéal politique, est comparable à une Communauté de Bien platonique, et est à bien des égards une construction jacobine, car elle exalte le fameux “esprit de la cité” si prégnant dans le jacobinisme et dénoncé par Georges Palante[2]. Le jacobinisme, par son centralisme, son autoritarisme n’est pas seulement l’éradication des facteurs culturels différenciés des peuples conquis mais c’est aussi et surtout, de manière nécessairement concomitante, le retour des Anciens face aux Modernes, la liberté par la participation au pouvoir politique, un individu écrasé, réduit à un simple rôle civil. L’Etat, dit Rousseau, est “le maître de tous les biens”. C’est pour cela, que Robespierre est considéré comme le bras armé de Rousseau, et que les nationalistes corses se retrouvent à utiliser des éléments d’idéologie de leur “ennemi”. Le contrôle de l’économie et des individus en général, au service d’un Peuple-Dieu qu’on manificie, sont des éléments essentiels et des ressemblances que l’on ne peut ignorer. Mais nous aborderons cette idée plus bas. Intéressons d’abord à ce que Ludwig Von Mises déclare dans Le Gouvernement omnipotent :

« Qu’est-ce qu’une nation ? prononcée à la Sorbonne le 11 mars 1882 est tout entière inspirée par la pensée libérale [1]. Ce fut le dernier mot prononcé par le vieux libéralisme occidental sur les problèmes de l’État et de la nation.

Pour comprendre correctement les idées de Renan, il est nécessaire de se souvenir que pour les Français — comme pour les Anglais — les termes nation et État sont synonymes. Quand Renan demande : Qu’est-ce qu’une nation ? il veut dire : Qu’est-ce qui doit déterminer les frontières des divers États ? Et sa réponse est : ce n’est pas la communauté de langue, ni la similitude de race fondée sur l’ascendance d’ancêtres communs, ni l’appartenance à une même religion, ni l’harmonie des intérêts économiques, ni des considérations géographiques ou stratégiques, mais le droit de la population à déterminer sa propre destinée [2]. La nation est le produit de la volonté d’êtres humains de vivre ensemble en un État [3]. La plus grande partie de la conférence est consacrée à montrer comment naît cet esprit de nationalité.”

On retrouve ici la même idée que je m’étais évertué à défendre en parlant de la communauté de desseins en opposition à la communauté de destin, que la nation est avant tout une construction spontanée et volontaire dans le temps. Une forme d’association politique que l’on rejoint volontairement et que l’on peut quitter. C’est également pour cela, que dans un autre billet, je déclarais que le jour où le droit de sécession individuel existerait, au prix d’un grand combat politique, il n’y aurait pas une, mais des nations corses, et cela au grand désarroi de certains tribalistes locaux. C’est la “libre disposition”, et non le “principe des nationalités” qui fait la légitimité d’une nation. La nation, comme le peuple, sont des “fictions politiques”. Elles n’en restent cependant pas moins importantes, comme nous l’explique Jérémy Bentham, car elles représentent factuellement un ensemble de moeurs et de conventions qui ont incité des gens à s’allier et à se faire Etat, dans le sens le plus neutre, c’est à dire une association politique qui vise à la préservation des intérêts civils essentiels, telle que la protection et la sécurité de leur corps et de leurs biens. Souvenons-nous également, que comme le rappelle John Locke, que tout ce qui tente de faire différer l’Etat de la nation, c’est à dire l’atteinte aux libertés et aux intérêts civils (qui sont sensé être le but de l’association politique), doit se voir exercer le plus stricte usage du principe de résistance à l’oppression.

“Il est important de se rendre compte en quoi l’interprétation du droit de libre disposition diffère du principe des nationalités. Le droit de libre disposition auquel pense Renan n’est pas un droit de groupes linguistiques mais d’hommes pris individuellement. Il découle des droits de l’homme : L’homme n’appartient ni à sa langue, ni à sa race ; il n’appartient qu’à lui-même [6]. »

Ludwig Von Mises, Le gouvernement omnipotent

C’est pour cela que les conceptions modernes de nation et de nationalisme sont fortement nocives, car en appelant à l’interventionnisme d’Etat au nom d’un Peuple qu’on prétend défendre, mais qu’on ne sait pas définir, l’Etat omnipotent et la “nation associative” (ou communauté de desseins) sont en nécessaire conflit, car l’Etat est le naturel agresseur de toute société libre, et il est bien plus souvent un frein qu’une protection pour la civilisation. Il entretient la guerre civile et le militantisme pour les privilèges, et n’a que faire de la garantie des intérêts civils. Dans les sociétés mixtes ou d’ordre militaire, on ne s’associe pas pour la protection. On lutte pour l’obtention du pouvoir et son exercice.

[1] : https://www.contrepoints.org/2016/08/19/263313-on-parler-de-communaute-de-destin

[2] : « L’esprit jacobin, c’est la mainmise de la cité sur l’individu tout entier ; c’est l’effort pour réduire toutes les libertés à la liberté politique. C’est la manie légiférante, la réglementation et le contrôle à outrance ; c’est la suspicion jetée sur toute volonté d’indépendance dans l’ordre des idées et des croyances comme dans celui des actes. » Georges Palante

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