Article – Comment la France s’est coupée du monde ?

Par Gabriel Delauney ,

Les dernières élections présidentielles nous ont permis de constater une chose ; une fraction non négligeable de notre peuple refuse la mondialisation, tout comme une partie conséquente de notre personnel politique.Pourtant notre pays possède des territoires en Afrique, en Amérique du Nord, en Amérique du Sud, aux Caraïbes, en Océanie, des territoires qui lui permettent d’avoir des possessions bordant chacun des océans du globe. Il y a là une nécessité, un appel à commercer avec le monde entier.
Pourtant notre pays est l’une des destination touristique majeure du monde.
Pourtant le Français est l’une des langues les plus parlées.

La France a tout à gagner en participant activement à la mondialisation.

Alors d’où vient ce rejet de la mondialisation ?
On pointe du doigt l’antilibéralisme, le chômage, l’Europe, les délocalisations pour expliquer ce phénomène de rejet du monde extérieur.
Mais à mon sens le véritable souci est l’Histoire même de notre pays, ainsi que les décisions politiques qu’il a imposé à son peuple (dont l’antilibéralisme).
En effet les marques de notre histoire ainsi que nos mœurs politiques nous ont coupé des schémas mentaux de la plupart des autres peuples du monde, qu’ils soient linguistiques ou politiques, ce qui équivaut à nous couper des repères quotidiens des autres populations du globe.

I- Le poids de l’Histoire : Langue, monolinguisme et jacobinisme

A -Une langue relativement isolée et isolante

Pour une population, le legs le plus évident et le plus quotidien des siècles passés est sa langue.
Le Français est ainsi la principale réalisation de notre histoire nationale.

N’ayons pas peur des mots, si l’on qualifie souvent le français de langue romane, il s’avère qu’il s’agit tout de même de la langue la plus abâtardie de cette famille. Comparez par le biais d’un tableau n’importe quel texte écrit dans les diverses langues romanes – Italien, Espagnol, Roumain, Occitan, Catalan, Portugais…- le Français sera la langue qui va jurer. Le fait que notre langue soit une sorte de créole de gallo-romain, mâtiné de langues germaniques auquel – comme pour tous les idiomes – des ersatz de toutes les langues de sont ajoutés est déjà une première barrière internationale.
De fait le Français a la réputation d’être une langue certes magnifique, mais difficile.

Pourtant par le passé notre langue était tout aussi utile aux intellectuels et élites politiques que le Latin.
La langue française était alors un trésor, mais un trésor difficile à saisir, car étant particulièrement revêche… Je cite ici le site orthogramm.wordpress.com :

« En français, les mots ne renvoient pas directement au sens, comme le ferait un dessin : ils ne le font qu’en transitant par la transcription de la parole. Comme dans tous les systèmes alphabétiques, des correspondances systématiques existent entre des lettres ou des graphèmes (/ch/ ou /gn/) et les unités sonores (les phonèmes). Dans un système idéal, un phonème correspondrait à une seule lettre, et inversement : en italien par exemple, le phonème /o/ s’écrit toujours « o ». […] En français, la difficulté est que, à un nombre restreint de phonèmes, environ 36, correspondent environ 130 graphèmes, c’est-à-dire de formes écrites du même son. Par exemple, le /k/ se transcrit de nombreuses façons : climat, accord, kilo, ticket, quand. »

Cependant, et nous l’avons vu, le Français eut ses heures de gloire : La France était alors l’un des poids lourds démographiques, scientifiques et militaires de la scène européenne. On parlait Français à la cour de Russie, à la cour de Prusse.. et c’est là est né la deuxième barrière internationale.
En effet de cette capacité véhiculaire du Français est probablement né le relatif désintérêt proverbial de notre peuple pour les langues étrangères, désintérêt qui se voit aujourd’hui chez les populations anglo-saxonnes qui savent pertinemment que les autres peuples maîtrisent leur langue. Aujourd’hui encore les français ont du mal a admettre que l’heure de gloire du français est passée.

Face à ces obstacles plusieurs décisions s’imposent :

1/ Il faut faciliter la maîtrise de notre langue, libérer son orthographe et sa grammaire.
Voyez les textes des siècles précédents, l’orthographe n’était pas normée, et pourtant ils restent intelligibles. Bien entendu, quelques normes doivent demeurer comme la distinction des homophones ca/sa, ce/ceux/se, sont/son, c’est/ses/ces etc…
Mais franchement, dire grillades ou gryades, nénuphar ou nénufar, quelle importance ? Comment justifier le fait de ne pas accorder avec le verbe avoir ?

2/ Il faut encourager les français au plurilinguisme ; les encourager à la maîtrise de leurs langues régionales, en faire des langues officielles. Développer des initiatives populaires pour la maîtrise des diverses langues du monde, en insistant sur les atouts sanitaires et professionnels de la maîtrise de plusieurs langues.

B- Une histoire nationale uniformisante et messianique

A ces difficultés linguistiques s’ajoutent des difficultés historiques.
Vous le savez nous sommes LE pays régicide par excellence. C’est dans notre conscience nationale, tout le monde en France comme à l’étranger sait que Louis XVI – bien qu’il ne fut pas notre dernier monarque -, fut guillotiné par son propre peuple lors d’événements révolutionnaires.
Aujourd’hui royauté est un synonyme de monarchie pour beaucoup de français, pour ne pas dire de tyrannie ainsi que de richesses ostentatoires…
Comment le citoyen français lambda pourrait-il alors saisir l’unité nationale, l’intérêt que les Britanniques, Suédois, Norvégiens, Espagnols, Néerlandais…ont a conserver leurs souverains ?
Je ne voudrais pas plagier la pseudoscience psychanalytique mais il résulte de cette absence de dynastie régnante un désir de « rois », qui s’affirme à chaque fois que les français pensent trouver un homme providentiel…

Enfin la France s’est sentit investie d’une « destinée manifeste » et d’un universalisme républicain, en somme d’un messianisme politique que seules de rares nations comme les États-Unis ont épousé lors de leur histoire nationale. D’abord l’universalisme républicain s’est manifesté par la volonté d’asseoir la position de la langue française en France même, de la doter d’un monopole face aux « patois » régionaux. Ainsi en France un monolinguisme est né et prédomine encore.
Dès lors comment comprendre les Scandinaves passant facilement de sa langue maternelle à l’Anglais ou l’habitant d’Afrique subsaharienne, sans parler de celui du sous-continent indien ?

Il s’est aussi manifesté par un jacobinisme, une centralisation qui avait d’ailleurs précédé la révolution française ; ainsi fédéraliste devint une injure politique lors de la révolution, une contre-révolution.
Comment alors comprendre le système américain ou allemand ou les mentalités des autres nations (L’Inde et le Pakistan, pour ne citer que ces deux gros Etats) qui ont adopté le fédéralisme ?

Quant au messianisme français – entre autres géniteurs -, il a engendré la colonisation (seule réelle source de francophonie) ainsi que le second plus important réseau d’ambassades au monde, la France étant seulement surpassée par les Etats-Unis. Alors que le bilan de la colonisation est plus un clair-obscur qu’une véritable chevauchée fantastique et que la France n’a plus pas la carrure démographique ou territoriale de l’oncle Sam, ses prétentions messianiques paraissent aujourd’hui hors de propos, anachroniques, surannées.
Qui trop embrasse mal étreint ? Aujourd’hui la France ne donnant plus seule le ton de l’Histoire perçoit son époque comme celle d’un déclin.

Mais quelles solutions à ces problèmes ? Pour en finir avec ses instincts messianistes et son « envie royale » la France pourrait d’abord se relever par une politique libérale pour adopter ensuite – pourquoi pas ? – le Panarcho-Royalisme que j’ai présenté précédemment dans un article intitulé Utopie libérale ; connaissez-vous la Panarchie ?
Un panarcho-royalisme (Etat-minimum dirigé par une royauté accordant des libertés panarchistes à son peuple) pouvant tout a fait convenir non seulement aux autres nations européennes ayant des têtes couronnées, mais aussi a toutes celles les ayant perdues (Albanie, Égypte, Libye, nations de l’ex-Yougoslavie, Cambodge, Chine…).
En diffusant son nouveau modèle la France se purgerait une dernière fois de son envie d’inspirer le monde. Ce serait son chant de cygne dans le sens où, soit elle brillerait une dernière fois avant de s’éteindre devant son insignifiance internationale, soit elle brillerait avant de n’être qu’une lueur parmi des dizaines l’ayant imitées dans son rayonnement.

II- Le poids de nos mœurs ; le paradoxe de l’immigration

La colonisation précédemment évoquée nous a fatalement offert un « vivier immigratoire » qui est malheureusement trop réduit : populations arabes et subsahariennes, plus une poignée d’éléments asiatiques.
En comparaison les britanniques ont de par leur histoire coloniale plus de choix ; populations pakistanaises, indiennes, africaines, arabes, anglo-saxonnes…
Ce triptyque (plutôt un diptyque en réalité) est trop standardisé pour une insertion dans la mondialisation.

Non seulement nous avons moins de choix que nos voisins d’outre-manche, mais ces choix ne nous emballent guère.
Avouons-le nous ne sommes pour la plupart pas satisfaits d’accueillir des populations qui ont principalement pour socle civilisationnel l’hostile islam, – la France ayant surtout colonisé le Maghreb et les peuples subsahariens islamiques -, et qui ont maille à partir avec nous du fait de l’esclavage, de la colonisation et des guerres d’indépendance.
Or comme la mondialisation est aussi une ère de migrations internationales, cela fait une énième barrière a notre engagement dans la mondialisation.

Mais paradoxalement la France s’affirme depuis plus d’un siècle comme étant une nation d’immigration. De nombreux français d’origines italiennes, belges, polonaises, arméniennes, espagnoles sont là pour en témoigner.
La France a ainsi été – institutionnellement – xénophile tout comme le furent les États-Unis et la Grande Bretagne.
De là est né un paradoxe, ainsi qu’une autre barrière à notre compréhension des peuples du monde : la France, terre d’immigration devenue « xénophobe » ne comprend pas les nations qui ont des politiques d’immigration aussi strictes que celles qu’une partie croissante de sa population voudrait adopter.

Ainsi les élites françaises ainsi qu’une partie des français ne conçoivent pas que les Hongrois, les Polonais, les Tchèques, les Italiens pour ne citer que ceux-là soient très peu partisans d’une immigration massive. Cette incompréhension culturelle est facile à comprendre, notre Etat est une construction millénaire, jamais une occupation étrangère n’a réellement menacée notre identité ou notre existence plus de 10 ans.
En d’autres termes les Français n’eurent jamais vraiment à lutter seuls pour sauvegarder leurs existences comme la Pologne face aux germano-russes ou les baltes face aux russes ou comme les hongrois, bulgares, autrichiens, grecs et autres face aux ottomans…
Ils n’eurent pas non plus a attendre des siècles que leur nation se construise comme les Italiens.

Quelles pourraient être les solutions a ces blocage ? Il me semble qu’une immigration d’avantage triée si elle provient de notre ancien empire colonial et d’avantage ouverte au reste du monde, notamment l’Asie – avec toutefois une prédilection pour les populations blanches ; afrikaners, baltes, etc…– serait la solution idéale pour mieux faire accepter aux français la réalité de la mondialisation des flux humains.
Nous aurions ainsi une position médiane, une position raisonnable entre le tout-xénophile et le purisme ethnique.

Quoi qu’il en soit nous ne pouvons demeurer tel que nous sommes, il faudra opérer un changement dans notre environnement, briser notre routine…
Il en va de la survie de notre pays, car si nous restons enfermés dans un mutisme linguistique, dans notre manière de faire de la politique qui nous fait bouillir le sang et dans nos fréquentations insatisfaisantes, nous courons au suicide.

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