Dossier : La leçon de Carl Jung, ou la défense psychique de l’individualité

 

Par Marius-Joseph Marchetti,

 

Chers lecteurs, je me tente aujourd’hui à aborder le terrain de la psychologie et de la psychanalyse, car dans une optique de guérison de la névrose, je me suis penché dernièrement sur les travaux du psychologue et psychanalyste Carl Gustav Jung, connu pour ses travaux, ainsi que pour ses altercations avec Freud. Ses conclusions quant à la névrotique occidentale, loin d’être farfelue, semble correspondre à la situation que nous connaissons, notamment lorsqu’il se fait un critique acerbe du matérialisme et du collectivisme.

 

En quoi Jung a-t-il sa place dans l’analyse libérale commune de l’Etat et l’état de la société actuelle en général ? Tout d’abord, comme nous l’avons déjà écrit, par sa critique, qui peut sembler libérale, Jung a tout intérêt à être abordé (nous ne nous exprimerons pas à tort ou à raison sur le potentiel libéralisme de Jung, comme beaucoup de libéraux et de libertariens ont tendance à le faire ; cependant, il semble y avoir un croisement entre l’optique libérale et l’optique jungienne dans la défense de l’individu). Ensuite, sa place lui est d’emblée réservée par son “individualisme”, lui qui est un grand défenseur de l’individuation de l’homme et de sa défense naturelle contre des grands corps qui pourraient l’aliéner et le submerger (tel l’Etat et les masses). Enfin, Jung possède un côté relativement conservateur, quant à la place qu’il donne aux corps intermédiaires et à la religion dans la saine individuation de chaque individu.

 

Carl Jung, par exemple, dans une réflexion tirée de Présent et Avenirdéclare que l’abandon spirituel des religions par les hommes a conduit ceux-ci à se jeter dans les bras de l’Etat, qui pour autant ne leur a absolument pas fourni de sécurité intérieure contre leurs démons[1]. Ainsi naquirent les religions d’Etat, puisque les hommes, dépourvus de toute spiritualité, s’en sont remis au gouvernement. Nous nous retrouvons ainsi avec ce schéma : une armée de névrosés, créée par le Tout-Raison (sonnant la fin de l’importance inconsciente), se jette naturellement dans le Tout-Etat[2]. La boucle est bouclée. Or, et c’est en cela que nous retrouvons des références avec le socialisme scientifique (que Saint-Simon appelait le “nouveau christianisme”) car Jung disait à raison, en citant Williams James que si bien des scientifiques n’ont pas de croyance, bon nombre d’entre eux ont un caractère religieux (et cela est, à bien des égards, discernable chez les positivistes de tout bord) [3]. On se retrouve ainsi avec un dogme rationaliste (et rationaliste constructiviste plus précisément) qui fait perdre à l’homme la dose de spiritualité qui lui est nécessaire pour maintenir son Être, annihile la continuation de son processus d’individuation et le font sombrer dans les masses étatiques.

 

Relevons ici un point : Jung reste notamment critique dans les religions dans leurs formes actuelles. Si il ne voue pas une haine irrévocable envers le christianisme, il dit justement que celui bon ton de se débarrasser de son côté “mythique” qu’exècre avec plus d’une raison le commun des rationalistes [4]. Le Saint-Esprit lui semble être ainsi une vaine et infâme manière de représenter Dieu [5] qui ne peut-être pour lui que dans l’individu-même[6]. Il propose notamment aux chrétiens de s’inspirer de la Kabbale et des croyances ayant court en Asie, comme en Chine et en Inde (Jung, cela ne vous aura pas échappé, est un penseur orientaliste)[7]. C’est pour cela que Jung déclare dans Le Divin dans l’homme. Lettre sur les religions : ”le symbole instruit, l’idole aveugle.” Si les libertariens ont toutes les raisons économique et philosophique du monde de rejeter l’Etat, Jung leur a peut-être apporté la justification psychologique et psychanalytique de le rejeter.

 

En nous aidant de cette analyse jungienne (que, rassurez-vous, nous allons prolonger), nous nous rendons compte que la fameuse Tabula Rasa héritée de la Révolution française (là où Outre-Manche, des gens comme Edmund Burke lui ont préféré le fameux “Droit des Anglais”) sera mortifère aux libéraux et libertariens qui s’en réclament. Car la doctrine de la “table rase” entretient, dans son application, la dépendance des hommes à l’égard de l’Etat. Pourquoi ? Car l’égalitarisme sous-jacent de cette doctrine est une Révolte contre la Nature. Cette doctrine, loin d’aboutir à l’émancipation promise, empêche les hommes d’être la représentation du “cosmos” ; en un mot de se faire Dieu, Dieu d’eux-même, la représentation concrète et inconsciente de ce qu’ils sont.

 

Sur la question des corps intermédiaires donc, Jung a un avis qui déplairait fortement aux libéraux français tel que Gaspard Koenig, que nous pourrions d’ailleurs simplement qualifier de “parisianiste” (le terme “libéral-jacobin” étant encore un trop grand honneur à lui faire). Dans Essai d’exploration de l’inconscient, Jung s’exprime en ces termes :

 

“Ces associations “historiques” [ce que Freud appelait les “résidus archaiques”] sont le lien entre l’univers rationnel de la conscience, et le monde de l’instinct.”

 

Jung vient donc contenter le “libéralisme anglais”, celui des corps intermédiaires comme moyen de défense et de résistance face à l’Etat. Dans l’optique psychanalytique, ils remplissent le rôle de condition nécessaire à la pleine individuation de chaque individu, en lui permettant de faire le lien entre le monde conscient et inconscient qui lui nécessaire, cette “Volonté de Vie” schopenhaurienne, ce Voile que l’Etat et les organes collectivistes ne doivent point déchirer. Or, les plus “grands”, ceux qui se jugent issus de matériaux si hautement supérieurs ; les planificateurs, dans le jargon libéral, les Saint-Simon, les Comte ; ceux-là même qui se disent aptes à régir le corps et l’âme humaine, pensent que la Raison suffit, il ne faut que “savoir”. On atteint ainsi le point culminant du dogme scientiste, matérialiste et collectiviste, qui voit la société humaine comme une machine dont il suffirait d’abaisser quelques leviers. Or les nouvelles croyances purement matérialistes et collectivistes ont toutes débouché sur de grandes dictatures, comme en témoigne les idéologies nazies et bolchéviques du XXème siècle.[8][9][10]Ainsi, dans Psychologie de l’inconscient, Carl Jung, dans une autre invective contre les législateurs de ce monde, déclare :

 

« Les grands problèmes de l’humanité ne furent jamais résolues par des lois promulguées ; ils ne le furent, au contraire, qu’à la suite du renouvellement dans l’être individuel des positions intérieures. »

 

Voilà comment on arrive à une massification des hommes, une anomie terrible, a discontinuité de la réalité physique et psychique concrète avec l’inconscient de l’âme humaine[11] que la loi tente de compenser sans les succès remarquables de l’individuation. L’Etat, s’il est la collectivisation des intérêts privés, ne fait nullement disparaître l’égoisme inhérent à la nature humaine. Il est le symbole de l’uniformisation. Et cela se remarque d’autant plus qu’une collectivité d’homme souffre d’une névrose généralisée et se désagrège. Alors, peut-être oserais-je prétendre ceci, à l’aune des indications données par Jung :

 

“L’Etat est la collectivisation de l’état suprême de névrose.”

 

Et cela encore, nous amène à considérer une autre particularité de notre époque, à savoir celle de la sur-représentation des minorités (ce que nous appelons généralement les “minorités actives”), et surtout des Etats les plus rationalistes. Pour cela nous parlerons encore de Carl Jung, et notamment lorsqu’il aborde l’homosexualité. Il fait 3 hypothèses sur l’homosexualité (nous aborderons seulement la seconde ici, elles seront toutes traitées dans un article spécifique à l’homosexualité).

 

Tout d’abord, Carl Jung déclare que l’on ne peut absolument pas considérer l’homosexualité comme une pathologie, car elle est statistiquement trop importante. Mais l’homosexuel, dans l’optique de sa deuxième hypothèse ( et moins lors de la troisième, à savoir que l’homosexualité est simplement constitutionnelle) est plus susceptible de névrose qu’un hétérosexuel, et cela pour deux raisons :

  • Tout d’abord, il y a selon lui un problème d’identification, dans le sens où l’homosexuel tombe amoureux d’un partenaire du même sexe, car il s’identifie au sexe opposé. Cependant, à notre époque, les troubles d’identification semblent plus toucher les populations transexuelles, qui de ce fait, changent de sexe par diverses opérations. Un camarade, à raison, m’a fait la juste remarque que le problème d’identification dans les simples populations homosexuelles se régulent par la nature biologique des êtres.
  • La seconde raison de la névrose des homosexuels, celle-ci plus pertinente, réside dans le fait que la relation homosexuelle empêche la pleine individuation des homosexuelles car est absent “l’archétype contra-sexuel” pour s’épanouir, car ils ont besoin comme tout individu de la “conjonction des opposés” (le problème est inverse chez l’homosexuel qui se refoule et fait sa vie avec une femme : il bénéficie de l’archétype contra-sexuel, mais la continuité entre le domaine du concret et de l’inconscient est perturbé par le refoulement de l’Être. PS : hypothèse personnelle). La seule option pour contrer l’absence d’archétype contra-sexuel chez l’homosexuel assumé réside dans l’intégration d’éléments historiques ancrés plus profondément que chez les autres individus (par exemple, la place plus importante que prend la famille dans leur vie peut l’aider à compenser).

Les minorités actives, ainsi, militent plus ardemment, car leur névrose plus accentuée les tend à se soumettre plus facilement à l’Etat rationaliste. On obtient ainsi des individus plus susceptibles d’être névrosés, cherchant une sécurité intérieure plus difficilement accessible, et l’Etat recueille ainsi toute cette névrose sur laquelle il fortifie son pouvoir toujours plus omnipotent et rationaliste. Un autre exemple des conséquences des politiques des Etats dits rationalistes est la réduction des différences sexuelles entre les deux sexes masculins et féminins[12]. La névrose est généralisée, l’Etat total est né.

 

Pour terminer sur la parenthèse jungienne, je rajouterai ceci, au sujet de la nécessité du principe d’individuation. Tout d’abord, il est nécessaire à l’individu pour s’accomplir soi-même. Et secondement, c’est la grande barrière mentale qu’il possède en son sein pour résister aux forces attractives du collectivisme. Je finirai donc en citant une dernière fois Carl Jung, dans Présent et Avenir :

 

Seul peut résister à une masse organisée le sujet qui est tout aussi organisé dans son individualité que l’est une masse. Je me rends parfaitement compte combien une telle phrase doit paraître incompréhensible à l’homme d’aujourd’hui. Il a oublié la notion qui avait cours au Moyen-Âge que l’homme est un microcosme, pour ainsi dire une image en réduction du grand cosmos.”

 

 

[1] : « Par une représentation suggestive de la puissance de l’État, on cherche à susciter un sentiment collectif de sécurité qui toutefois, à l’opposé des représentations religieuses, ne fournit aucune protection contre ses démons intérieurs. C’est pourquoi il s’accrochera encore plus à la puissance de l’État, c’est-à-dire à la masse ; et, alors qu’il est déjà socialement dépossédé, son âme succombera aux influences collectives, et il s’y livrera intérieurement. » Présent et Avenir, Carl Gustav Jung

[2] : “Chaque fois qu’une fonction naturelle à l’homme se perd, c’est-à-dire se trouve exclue de son exercice conscient et volontaire, un trouble général prend naissance. C’est pourquoi il est tout à fait naturel que le triomphe de la déesse Raison ait institué une névrotisation générale de l’homme moderne, c’est-à-dire une dissociation de la personnalité en tous points analogue à la dissociation actuelle du monde.” Présent et Avenir, Carl Gustav Jung

[3] : “William James […] remarque qu’un homme de science n’a souvent pas de croyance, mais que son tempérament est religieux.” Psychologie de l’inconscient, Carl Gustav Jung

[4] : “Il faut purifier ou alléger les représentations de la foi en les débarrassant de leurs principales lourdeurs, c’est-à-dire leur part “mythologique” particulièrement choquante pour le rationaliste. Les efforts de Bultmann répondent manifestement à cette tâche.” Le Divin dans l’homme. Lettres sur les religions, Carl Gustav Jung

[5] : « J’ai du pour ainsi dire m’arracher à Dieu pour trouver en moi cette unité qui vise à chercher Dieu à travers l’homme. On peut évoquer à ce propos la vision de Siméon le Théologien qui avait en vain cherché Dieu partout dans le monde jusqu’à ce que celui-ci se levât, tel un petit soleil, dans son coeur. Car, enfin, où donc l’antinomie divine pourrait-elle parvenir à l’unité, si ce n’est dans ce que Dieu a lui-même préparé à cette fin ? »  Le Divin dans l’homme. Lettres sur les religions, Carl Gustav Jung

[6] : « Le Saint-Esprit était pour moi une illustration adéquate de Dieu inconcevable. » Ma Vie, Carl Gustav Jung

[7] : “Mon seul désir est que les théologiens s’intéressent également à la kabbale, à l’Inde et à la Chine pour décrire encore plus précisément la révélation de Dieu et pouvoir la proclamer. Si cela conduisait à relativiser en un certain sens le christianisme, cela se ferait in maiorem dei gloriam et ne porterait pas atteinte au sens de la doctrine chrétienne. Car c’est une chose vraie, comme bien d’autres encore.” Le Divin dans l’homme. Lettres sur les religions, Carl Gustav Jung

[8] : “L’apparition des dictateurs et de toute la misère qu’ils ont apportée provient du fait que les hommes ont été dépouillés, par la courte vue des gens qui se voulaient par trop intelligents, de tout sens de l’au-delà.” Ma Vie, Carl Gustav Jung

[9] : “Le monde communiste, on le remarquera, possède un grand mythe (que nous baptisons illusion, dans l’espoir notre supériorité de jugement l’anéantira). Ce mythe, c’est le rêve archétypique, sanctifié par un espoir millénaire, de l’Âge d’or (ou Paradis), dans lequel chacun aura de tout en abondance, et où un grand chef, juste et sage, régnera sur un jardin d’enfants.” Essai d’exploration de l’inconscient, Carl Gustav Jung

[10] : “Les deux camps qui se partagent le monde ont en commun une finalité matérialiste et collectiviste et à tous deux il manque ce qui exprime l’homme en totalité, ce qui le promeut, le construit, le fait vibrer, le rend sensible, c’est-à-dire en bref ce qui met l’être individuel au centre de toute chose comme mesure, réalité et justification.” Présent et avenir, Carl Gustav Jung

[11] : “La “massification” ne vise nullement à favoriser la compréhension réciproque et les relations entre les hommes. Elle recherche bien plus leur atomisation, je veux dire l’isolement psychique de l’individu. Plus les individus sont désagrégés les uns par rapport aux autres, moins ils sont enracinés dans des relations stables, plus ils sont susceptibles de se raccrocher à l’organisation étatique, plus celle-ci peut se densifier et vice-versa.” : Présent et Avenir, Carl Gustav Jung

[12] : “Je me demandais si la masculinisation de la femme européenne n’est pas en rapport avec la perte de sa totalité naturelle (shamba, enfants, petit bétail, maison particulière et feu de l’âtre) ; comme si c’était un moyen de compenser son appauvrissement ; et je me demandais si la féminisation de l’homme blanc n’en était pas une autre conséquence. Les Etats les plus rationalistes effacent au maximum la différence entre les sexes.” Ma Vie, Carl Gustav Jung

 

Un commentaire

  1. franchement et sans animosité aucune , mais ou tu n as jamais lu jung ou tu n y a rien compris, ton article est rempli de contre vérités , de distorsions de sens et jung n a presque rien à voir avec ce que tu lui prête comme intention de sens , il faut lire jung ou le relire!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!, y compris sur l homosexualité!!!

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