L’homophobie tue en Tchétchénie ? Rien de bien surprenant


Par Arn Walden,

On ne peut que s’admonester que les émeutes de Stonewall de 1969, genèse du militantisme LGBT, n’ont pas encore eu l’effet escompté aussi bien sur son propre territoire qu’à l’étranger.

Les récentes révélations, du journal russe Novaïa Gazeta, sur une possible campagne de répression des personnes homosexuelles ou suspectées de l’être, ont déclenché une levée de bouclier sur la scène internationale. La réponse de Ramzan Kadyrov, dirigeant de la Tchétchénie, et protégé de Vladimir Poutine, n’en fut pas plus rassurante. Mais si les diverses réactions suscitées par l’actualité ont permis de relancer le débat existant sur les positions du pays quant au sort réservé aux LGBT, le président russe n’a quant à lui pas encore réagi, cela n’est pas sans raison. Ce billet sera succinct, mais il a pour but de rappeler que les évènements actuels ne sont que la suite logique d’une politique qui prospère depuis malheureusement trop longtemps…

Au regard de l’effervescence d’articles, et de commentaires de protestations sur ce sujet, l’on pourrait penser cet ostracisme naissant et imprévisible, et pourtant il n’est rien de tout ça. Attendu que dès juin 2013, le pays avait déjà interdit par le biais législatif « l’information au sujet des relations sexuelles non traditionnelles auprès des mineurs », visant à étouffer la «propagande homosexuelle». Aussi, fut prohibé l’adoption d’enfant russes par des couples homosexuels, et bien qu’il n’y ait pas de qualifications formelles pour devenir parents, un bon parent possède des qualités qui lui sont propres : responsabilité, capacité, affection – dont aucune n’est exclusive aux hétérosexuels, on refusera aux couples homosexuels les mêmes droits parentaux que les autres citoyens.

Ajoutons à cette pérennité législative, une autre loi de janvier 2016, visant cette fois-ci à interdire «l’expression publique de relations sexuelles non-traditionnelles, manifestées lors d’une démonstration publique de ses préférences sexuelles déviantes dans l’espace public », interdisant aux personnes de même sexe de s’embrasser ou de montrer de l’affection dans des lieux publics. Étant donné que, tel Antigone, l’on vit aujourd’hui encore dans cette réalité où le droit positif et la légitimité ne coïncident en rien, cette répression légale n’est en est rien un garde-fou contre les abus, bien au contraire il en constitue un.

Cependant, il se dégage également l’effet Ouroboros, cercle vicieux mêlant fait générateur, et préjudice. Car bien que cela fasse, principalement, suite aux démarches entreprises par la communauté LGBT, pour organiser des Gay Prides dans plusieurs villes du Caucase du Nord. Il est bien permis d’admettre que la caricature censurée de Poutine, maquillé devant le drapeau LGBT, provoquant récemment un phénomène viral qui a eu pour effet d’intensifier le partage du contenu proscrit, peut-être l’une des causes de ses représailles.

Enfin, il reste à signaler qu’une telle agitation, bien que justifiée, recèle une pointe d’hypocrisie, car si l’on se montre si prompt à manifester contre l’actuelle répression de l’homosexualité en Tchétchénie, aujourd’hui encore de nombreux autres États appliquent pourtant très officiellement des restrictions homophobes, sans que cela n’opère systématiquement une telle campagne d’indignation. Outre le Maroc, destination touristique de nombreux voyageurs, où l’homosexualité reste un crime punissable de 6 mois à 3 ans d’emprisonnement, par son article 489 de son code pénal en vigueur disposant que « les actes licencieux ou contre nature avec un individu du même sexe ». Nous pouvons ajouter à cela, le mouvement de l’islam sunnite, le wahhabisme, qui prêche la décapitation aux personnes reconnues «coupables» d’homosexualité.

Alors abstenons-nous d’émotions factices, si c’est pour se montrer aussi versatiles, et prendre part à un combat seulement pour suivre une tendance, c’est un travail de tous les jours dans lequel il faut s’investir, et non se scandaliser à temps partiel sur une politique qui existe depuis déjà bien longtemps, et qui subsiste encore dans plusieurs autres pays. Certes, les nombreuses manifestations passées, et celle à venir, notamment le 22 avril prochain à Marseille, où aura lieu un rassemblement organisé par la Coordination régionale LGBT PACA et SOS Homophobie PACA, sont des bonnes initiatives. Mais évitons d’oublier ce combat et les droits des homosexuels dans quelques mois, d’autant plus que ce comportement de l’amnésie se répète inlassablement avec beaucoup trop d’évènements dernièrement, suscitant successivement une certaine passivité, un élément perturbateur qui engendre une forte indignation, pour finir dans l’ignorance.

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