Dossier – Le fruit pourri des révolutions :

Par CorsicanLibertarian,

Le pouvoir … Entité si peu éprise de liberté, si attentatoire à son égard, qu’on pourrait croire que la violence pour le détruire serait une solution unique et destitutrice. Mais ceci, c’est oublier que le pouvoir sait se construire et se préserver, en mutant. Un des problèmes fondamentaux encore de la stratégie destructrice, c’est que la Révolution, qui balaye un temps le pouvoir, balaye bien souvent, également, les contre-pouvoirs, et rejettent parfois ses créations initiales. Combien de restriction les jacobins ont-ils porté aux garanties que fournissaient la DDHC ? Un grand nombre, cela va sans dire. Le rousseauïsme patent dans la DDHC a fini par diluer le despotisme, à le faire couler sur les masses plutôt que sur les rois, enfantant un pouvoir plus grand encore. C’est à l’époque jacobine que la Magistrature et l’Etat furent en lien étroit, et c’est encore ainsi de nos jours : Héritage sanglant et liberticide, voilà ce que nous pouvions lire :


« Dès le 8 janvier 1790, l’Assemblée a lancé une instruction aux termes de laquelle tout acte des tribunaux et des cours de justice tendant à contrarier ou suspendre le mouvement de l’administration étant inconstitutionnel, demeurera sans effet et ne devra pas arrêter les corps administratifs. Le 24 août suivant une loi déclare : « Les juges ne pourrons, à peine de forfaiture, troubler de quelque façon que ce soit les opérations des corps administratifs ni citer devant eux les administrateurs pour raison de leurs fonctions. » [1]


Les meneurs de la Révolution, indubitablement, sont devenus les nouveaux stratèges du pouvoir. Quel intérêt désormais de limiter le pouvoir, puisque désormais, c’était eux, le pouvoir ? Pas de limite aux hommes du peuple, puisque c’est le peuple qu’ils défendent. Que Robespierre se console, plus rien ne peut limiter son oeuvre. N’a-t-il pas lui-même déclarer : « Quant à l’équilibre des pouvoirs, nous avons pu être dupes à ce prestige … s’écrit Robespierre, mais à présent que nous importent les combinaisons qui balancent l’autorité des tyrans ! C’est la tyrannie qu’il faut extirper : ce n’est pas dans les querelles de leurs maîtres que les peuples doivent chercher l’avantage de respirer quelques instants ; c’est dans leur propre force qu’il faut placer la garantie de leurs droits. » [2]

Que la démocratie totalitaire de Rousseau soit. Depuis lors, plus que les jacobins, pour les jacobins et par les jacobins. Le peuple enchaîné, la mort annoncée, les carreaux souillés, la liberté annexée. Le pouvoir vous nourrit, dit-il. La liberté n’est qu’une engeance de la dictature bourgeoise. Personne ne veut la liberté, tout le monde veut des chaînes. Grand bien leur fasse à ses hommes du peuple. Mais ils oublient bien souvent qu’ils mourront en même que le peuple, car eux ne produisent rien et volent tout. Ils suivent le dogme de Rousseau, comme tout bon dictateur avant eux : « Robespierre et les Jacobins ont construit une philosophie du totalitarisme fondé sur Rousseau qui a affirmé que la volonté générale était tout. (…) De même qu’aujourd’hui Staline, Hitler ou Mussolini soutiennent qu’ils sont des “dictateurs démocratiques”, de même Robespierre croyait qu’il représentait la volonté du peuple. » [3]

La Révolution française est ainsi caractérisée par deux choses : un roi absolutiste, et une aristocratie qui ne sait pas le limiter. C’est tout l’inverse de l’aristocratie anglaise, qui a joué son rôle de contre-pouvoir. Comme le souligne Bertrand de Jouvenel : « L’aristocratie d’Angleterre sait mieux agir en corps; peut-être parce que tandis que le Parlement en France, passé aux mains des légistes, est devenu un instrument royal, il est resté en Angleterre un organe des pouvoirs sociaux, lieu de rassemblement de leur opposition. » [3]. La noblesse anglaise donne ainsi à la classe des propriétaires libres, les yeomen, le sentiment qu’ils ont des libertés communes à défendre. Elle accomplit son coup de maître en 1689, grâce à un article de la Bill of Rights qui prononce l’illégalité des armées permanentes et au Mutiny Act qui avilise les cours martiales et ne consacre la discipline militaire pour une seule année. Le Parlement sous l’ère Stuart était irrégulièrement appelé pour voter les subsides sur plusieurs années, voire sur la durée entière du règne, et accorda à Guillaume III le prélèvement de droits de douane, tout en votant annuellement les dépenses. Ainsi, non seulement l’armée, mais l’administration même pouvait être arrêté par le consentement du Parlement, c’est à dire par la volonté aristocrate.

Le pouvoir a été limité un moment, avant que n’advienne la Révolution anglaise, une réaction à un faible impôt territorial nommé le shipmoney, qui après la Révolution se voir remplacer par un impôt 10 fois plus lourd. La Révolution d’Angleterre, comme en France, a accouché d’un pouvoir plus grand, avec tout ce que nous savons de Cromwell, le balayage de l’aristocratie, la dépossession de tout le peuple irlandais, la confiscation des biens de l’Église, la destruction des lois et coûtumes écossaises !

La France a été jacobine, et elle l’est encore. Pire, elle a inspiré le jacobinisme, aux peuples-même qui sont encore sous sa coupe et qui pourtant se reconnaissent dans le centralisme étatique, le monocentrisme sociétale. Les hommes du peuple y ont la même influence, dans la métropole et dans ses colonies. La nation, c’est le pouvoir, c’est les institutions acquises démocratiquement, a prétendu un quelconque leader le 5 octobre dernier.

Mais c’est faux, la nation, c’est les relations, les symbôles, les valeurs, le contrat culturel qu’un certain nombre d’individus orchestrent chaque jour sur nos terres. Les institutions ne sont l’a que pour déterminer quel degré de liberté il restera à celle-ci. Voilà encore tout le jacobinisme : la nation, c’est le pouvoir. Mais le pouvoir, c’est la Bête, c’est le Minotaure. Et tel le Minotaure, il est là pour vous garder au sein de son labyrinthe. Ils ne défendent pas la nation, ils défendent un moule pour la nation : doucereuse alchimie. Que les nations composites se rassurent nous disent-ils. Vous ne serez plus français de corps, mais seulement de l’âme, comme si il fallait être satisfait d’une demi-malédiction. Comme le dit si bien l’anarchiste individualiste George Palante : « L’esprit jacobin, c’est la mainmise de la cité sur l’individu tout entier ; c’est l’effort pour réduire toutes les libertés à la liberté politique. C’est la manie légiférante, la réglementation et le contrôle à outrance ; c’est la suspicion jetée sur toute volonté d’indépendance dans l’ordre des idées et des croyances comme dans celui des actes. » Les jacobins n’y disent point leur nom, mais ils ne seront guère autrement, comme ces révolutionnaires qui clament vous libérer de l’État pour se faire État eux-même, et faire peser sur les corps un despotisme plus pesant encore !

Le jacobinisme, encore, a enfanté le stalinisme et la Révolution d’octobre. Doucereuse cohérence, si il en est, que la France est partout exporté le despotisme et l’engeance des révolutions déchues, le pouvoir sans borne. Doucereuse agonie, que la révolution marxiste qui prétend détruire l’État, n’a jamais pu qu’accoucher d’un Pouvoir plus oppressif encore, sur ceux-même qu’elles prétendaient libérer. Engels, dans sa préface de 1891 de La Guerre civile de Karl Marx, déclarait : « Le prolétariat s’empare de la puissance de l’État et transforme tout d’abord les moyens de production en propriété de l’État. Par là, il se détruit lui-même en tant que prolétariat, il abolit tous les antagonismes de classes et même temps l’État en tant qu’État [C’est à dire moyen d’exploitation d’une classe dans la doctrine marxiste]. » Lénine, quant à lui, estimera que son abolition ne doit pas se faire tout de suite, pour « réprimer la résistance des exploiteurs et entraîner la masse énorme de la population – paysannerie, petite bourgeoisie, demi-prolétariat – dans l’économie socialiste. » On ne pourra que donner raison à Nicolas Berdiaev lorsqu’il déclare : « En vérité, l’État est moins despotique que la société qui prétend devenir l’État. » [4]

Comment donc pourrions-nous conclure cet article, me direz-vous ? Il semblerait que l’aboutissement de toute Révolution ne soit guère l’Homme, mais le Pouvoir : La Tabula rasa, la fin de toute dignité et liberté de l’homme, l’absorption de l’individu par la Totalité sociale. La Révolution est mère des plus despotiques État, qu’il dise son nom ou qu’il l’élude. Terminons sur cette citation de Bertrand De Jouvenel, poignant de clairvoyance : « Méconnaissance profonde de la nature du phénomène révolutionnaire ! Non, les Cromwell ou les Staline ne sont pas des conséquences fortuites, accidents survenus durant la tempête sociale, mais bien le terme fatal auquel tout le bouleversement s’acheminait de façon nécessaire; le cycle ne s’est ouvert par l’ébranlement d’un Pouvoir insuffisant que pour se clore par l’affermissement d’un Pouvoir plus absolu. »

[1] Bertrand De Jouvenel, Du Pouvoir
[2] Discours de Robespierre à la séance du 10 mai 1793.
[3] Alfred Cobban
[4] Nicolas Berdiaev, dans Philosophie de l’Inégalité

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