Pourquoi BrainDead est une série à voir ?

Par ArnWalden,

BrainDead fut la nouvelle série estivale de CBS, semblant plutôt méconnue, au profit de bien d’autres. Ce billet est ici pour lui rendre quelque peu justice.

Que nous raconte BrainDead ?

Soulignons d’entrée de jeu, que BrainDead n’est pas un remake du film de 1992, de Peter Jackson.

BrainDead nous raconte en treize épisodes, les mésaventures de Laurel Healy, incarnée par Mary Elizabeth Winstead (10 Cloverfield Lane), jeune femme documentariste, et idéaliste dans l’âme, mais sans un sous qui en échange de fonds pour son projet, un documentaire sur les chorales mélanésiennes, accepte l’offre de travail dans le cabinet de son frère Luke (Danny Pino), sénateur à Washington. Sous fond d’élection Trump/Clinton, la série se voulant d’actualité, le Capitole est en pleine crise, suite au « Government Shutdown », entrainant la fermeture de tous les services publics, faute d’un terrain d’entente trouvé avec le Congrès au sujet du budget du pays.

Laurel légèrement dépassée par sa mission, découvre peu à peu que quelque chose de curieux se trame autour d’elle. Certains humains, à commencer par les employés de la Maison Blanche et des membres du Congrès, se retrouvent infectés par des fourmis sorties d’une météorite, qui s’est écrasée, il y a peu, sur Terre, et leur comportement s’en trouve altéré. Toujours le même corps, toujours la même personne, mais leurs idéaux virent à l’extrémisme, et si l’hôte fait un rejet, la tête explose.

Ainsi les tendances républicaines se découvrent conservateurs patentés tandis que les démocrates modérés se muent en gauchistes intraitables. Ces infecté allant jusqu’à s’affronter entres eux pour le pouvoir à Washington, mais aussi pour tous sujets absurdes, où chacun aura son mot à dire.

Ce postulat de départ peut sembler burlesque, certes il n’en est pas autrement, mais la situation l’est-elle dans les instances gouvernementales de la Maison Blanche ?

Les visages familiaux des plus fameux candidats de cet été, Hillary Clinton et Donald Trump, dont les médias en ont un fait un sujet de prédilection, sont diffusés en fond sur les écrans de télévisions, et nous rappellent ce qu’est le cirque politicien.

Les créateurs de la série se sont ici lancé dans un habile mélange de la série politique rappelant à un autre degré House Of Cards, la satire du comportement social s’apparentant à bien des égards au roman Les Femmes de Stepford, ou encore à la science-fiction, et au film L’Invasion des profanateurs de sépulture, où les gens sont peu à peu remplacés par des doubles aliens.

Qu’est-ce qui en fait une série intéressante ?

Tout comme le film The Faculty de Robert Rodriguez, qui prenait le lycée comme point de départ pour l’invasion. BrainDead choisit de démarrer la sienne dans un autre édifice bien défini : la Maison Banche. Fini les explosions d’immeubles, fini le défilement des aliens dans nos villes, propres aux invasions extraterrestres dans ces films catastrophe. Sans rogner ses origines, on nous offre ici davantage de finesse, une variation intéressante du thème de l’invasion, et permet de mettre en exergue l’absurdité de la classe dirigeante par la situation qu’elle crée.

L’auteur Bernard Werber nous partageait déjà un regard croisé de ces deux espèces, les hommes et les fourmis dans La Trilogie des fourmis (« Les fourmis« , « Le jour des fourmis » et « La révolution des fourmis« ), ainsi qu’une Humanité belliqueuse et peu encline à descendre du piédestal qu’elle s’est, depuis longtemps, sculpté. L’écrivain imaginait déjà un possible avenir de l’homme vers une société fonctionnelle et collective à l’image de ces « insectes sociaux ».

Il est certainement plus facile de critiquer avec l’humour, et BrainDead y arrive avec déconcertante, et sait conserver tout le cynisme nécessaire pour ne pas virer à la facilité.

La série choisit de tourner en ridicule les politiques, et le militantisme extrémiste qui subsiste autours des partis grâce à un panel de personnages, dont Red Wheatus, le chef de file républicain joué par Tony Shalhoub (Monk, ou encore Pain&Gain de Michael Bay) en est un parfait exemple.

Beaucoup de sujet sont brassés en seulement treize épisodes, de sérieux comme la mise en relief des défauts du bipartisme américain, voguant d’un parti à l’autre selon la donne : Le jeu des « chaises musicales », comme on aime à l’appeler, à extravagant comme le « Tax Day » (Jour des impôts), jour de l’échéance pour renvoyer sa déclaration d‘impôt aux États-Unis, et la « Tax Prom », cette fête organisée par les lobbies des impôts.

Comme dit précédemment, les infectés deviennent extrémistes, ils sont en colère, ils ne veulent pas être ignoré, ils veulent que tout le monde le sache, ne voulant qu’imposer le bienfondé de leur morale en renversant un régime d’oppression. Ces infectés vivent dans un monde parallèle au notre tellement leur vision de nos actions est biaisée, ne ressemblant que davantage à ce qu’ils dénoncent : ce conflit puéril que nous avons pour choisir un maître qui nous mettra la laisse. Ils ne peuvent se mettre d’accord avec personne, à moins d’adhérer à la pensée unique d’un gourou, qui sera bien entendu caractérisée par la Reine des fourmis.

Sous couvert des associations fictives antagonistes One Wayers, et No Wayer, nous remarquons bien vite que le militantisme, dont ils font preuve, se rapproche plus de l’idée que le combat importe finalement plus qu’une cause légitime, et la victimisation plus que la logique. La série s’amuse ainsi autour de cette guerre parfois primaire entre les démocrates et les républicains, et entre deux idées d’une certaine Amérique, autant florissante que décadente.

Leurs grands combats politiques ? Nous pouvons prendre l’exemple de la nomination d’un kiosque du Capitole, s’il doit oui ou non porter le nom d’une femme au motif de l’équité, les suggestions allant d’Emma Goldman à Ayn Rand, en passant par Nancy Reagan. Ou encore la psychose de certains sur Wall Street et le 1% sève de toute la misère de notre monde.

Ces lignes s’inscrivent parfaitement dans la lignée du ridicule, jamais trop loin de ce qui se passe hors de notre écran avec notamment ces mouvements sociaux actuels qui veulent se faire entendre…

D’autres intrigues sont abordées comme le terrorisme, prétexte déballé par automatisme justifiant la torture, ou d’étranges raccourcis faits, suite aux explosions mentionnées plus tôt, pour apporter une guerre en Syrie n’est pas sans rappeler le partage de la « démocratie » en Irak pour les AMD, en réaction aux évènements du 11 septembre.

Beaucoup de dialogues sont savoureux, s’amusant sur sa capacité à jouer sur les mots, comme le terme « simulation de noyade » qui s‘apparente à la torture, et n’est donc pas adéquat, alors que « immersion contrôlée » l’est. Ou l’idée de cette considération mal placée que l’on se fait de la discrimination positive, face à une simple description physique.

On comprendra rapidement que ce sujet est en réalité davantage un subterfuge pour s’intéresser au petit monde des sénateurs américains et leur équipe respective. En effet, BrainDead plus qu’une série fantastique, elle est une comédie autour de la politique.

L’infection n’étant qu’une métaphore de l’extrémiste qui s’estime agir dans son bon droit, donnant davantage de crédit à ses actions, et rendant le danger qu’il représente plus éminent pour les autres. La série allant jusqu’à citer ses sources en matière de métaphore sur les insectes comme le cancrelat de Franz Kafka dans La Métamorphose, les Papillons de Vladimir Nabokov jusqu’au « Grillon-qui-parle » de Carlo Collodi, plus communément appelé Jiminy Cricket dans le Pinocchio de Walt Disney. Nous rappelant encore une fois que la série elle-même ne se prend pas au sérieux, et parvient à faire fonctionner cet alliage de rocambolesque, d’absurdité et de ridicule.

N’atteignant jamais le niveau d’un House Of Cards, la série n’a ni cette prétention, ni cette vocation, mais on se surprend à trouver les mécanismes politiques similaires, et tout aussi intelligemment utilisés, sous la couverture d’une série B.

Satire oblige, BrainDead en fait un peu trop, et limite le réalisme au strict minimum, mais c’est justement cette accessibilité qui lui permet de viser juste. Après tout, nul besoin de connaitre les rouages d’un système politique pour deviner que les ambitions personnelles empiètent bien souvent sur le bien de tous, et que la lourdeur hiérarchique freine bien souvent le processus décisionnel.

Que dire de plus ?

BrainDead ne révolutionnera pas la satire du divertissement politique loin de là, mais son humour parfois grossier, parfois subtil reste ciselé et jouissif. C’est sur le ton de la comédie qu’on nous questionne sur notre engagement politique, et la paranoïa constante dans laquelle la série nous immerge, par cette impossibilité de distinguer les infectés, s‘avère suffisamment prenant.

BrainDead entretient cet esprit rétro, lorgnant vers les films catastrophes par son invasion qui, pour une énième fois, a lieu aux États-Unis, pays phare de nos chers extraterrestres. L‘ambiance transpire l’esprit vintage dans son caractère de série B – pour ne pas dire Z. Sans atteindre les délires d’un Mars Attack ! de Tim Burton, cette finesse (ou absence de risque) n’est pas un mal pour le Capitole, même très appréciable.

Ce côté kitch transparait tout aussi bien dans la BO où tourne, lors des épisodes, sans cesse You Might Think  de The Cars, ou encore une scène avec I Think I Love You de The Partridge Family. D’ailleurs, la composition de la série n’est pas s’en rappeler le thème principal de Beetlejuice, aussi de Tim Burton. La référence n’est pas si étonnante que ça, et encore loin d’être vaine, on ressent un même timbre de folie dans ces œuvres.

Mais il y a des références qui ne trompent pas, notamment avec Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick dans la manière d’appréhender une scène de « fantasme » sensuels dont l’éclairage est directement un clin d’œil à ceux de Tom Cruise, avec en prime une apparition grotesque de Michael Moore, et nous rappelle que BrainDead n’est qu’une gigantesque farce, tandis que plusieurs scènes gores viennent apporter une touche plus décalée à l’œuvre.

Mais au fond, l’une des meilleures choses de BrainDead est son casting, la charmante Mary Elizabeth Winstead est un atout de taille, par sa prestation et ses mimiques, Dany Pino, crédible en jeune sénateur vicieux et ambitieux, ainsi que Tony Shalhoub qui, dans le rôle de méchant de service, nous livre à la fois un personnage caricatural, un manipulateur brillant, et un psychopathe violent.

La série brille donc par sa légèreté assumée, et sa capacité à se moquer d’elle-même.

On ne peut rester de marbre devant les méthodes politiciennes, aussi farfelues les unes que les autres, ou celles de Laurel et ses joyeux loufoques pour arrêter l’invasion. Celle-ci a beau être imminente, et devenir de plus en plus effrayante, tous gardent leur humour, leur second degré, leur cynisme, et mènent une enquête dans la plus grande absurdité.

En ce qui concerne l’intrigue, et son fil conducteur, sont à même à prendre au second degré, le propos de la série n’est pas ici : D’où viennent ces fourmis ? Que viennent-elles faire sur Terre ? La réponse amenée dès le premier épisode avec la chute d’une météorite, mais pour ce qui est du reste, on s’en fout… Le but n’est pas tant le résultat, que le cheminement pour y arriver. La série doit être prise comme ce qu’elle est vraiment, c’est à dire une comédie qui se moque constamment d’elle-même. Elle en tire un récit qui part dans tous les sens, par lequel il faut se laisser porter, mais qui vaut le coup par son habilité à surprendre, un casting de mise et son histoire dérangée, mais néanmoins intrigante – qui tourne en dérision le monde politico-médiatique contemporaine en mêlant plusieurs genres avec comme armature, les coulisses d’une politique américaine et ses problématiques quotidiennes. Nous pouvons regretter qu’on nous ne livre pas un portrait plus politiquement incorrect du monde réel, vu le potentiel de la série.

Quoiqu’il en soit, un œil sur cette série ne peut être une si mauvaise idée…

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