Billet – L’Euro et le pouvoir de distraction du football.

Par Chuck Noel,

« Panem et cicenses » déjà disait on sous la Rome Antique pour détourner la plèbe des problématiques importantes de la vie de la Cité, voir même de leur vie d’individu.

La distraction est un des fondements du Politique, au sens amoral du terme, car elle permet au pouvoir politique d’asseoir son despotisme, c’est à dire son emprise sur le « corps politique ». Si la Rome Antique n’est pas une Démocratie – au sens moderne du terme. La distraction perpétuelle reste pourtant un des plus grands dangers que puisse connaître une Démocratie. Ainsi, Alexis de Tocqueville dans sa « Démocratie en Amérique » mettait en garde contre ce qu’il appelait le despotisme doux. Cette cage aux barreaux dorés dont l’individu ne remarquerait son état de servitude renforcé et de facto n’aurait en aucun cas une idée de Liberté. L’individu restant cantonné à des futilités médiocres. Étienne de la Boétie, bien avant Tocqueville, décrivait déjà ce fondement de l’asservissement dans son discours sur la servitude volontaire. À l’opposé par exemple Rousseau encourageait ce genre de distraction par l’organisation de fêtes pour maintenir son fameux « corps social », « un et indivisible ».

On en vient à l’Euro de football, la grande fête organisée par l’État, il s’agit l’événement populaire par excellence. La fête de la fraternité de la joie de vivre et tout le tintouin qui va avec. L’équipe de France de football enchaîne les victoires et les qualifications, impossible, à moins de vivre dans une grotte à la Zarathoustra, de ne pas connaître le parcours de cette équipe de football, surtout lorsqu’on déteste le football comme moi.

Commençons par évoquer la FIFA, derrière ses discours sur le respect, la lutte contre le racisme et bien d’autres assertions du registre du politiquement correct. On remarque très rapidement que cette organisation sportive s’arroge de toutes les règles classiques du droit international, mais encore celles des États dans lesquels la FIFA va se produire. Outre la machine à « pognon » dont elle est l’initiatrice et qui n’est pas le problème pour moi puisque dans un marché libre, il ne s’agirait que la conséquence d’une offre et d’une demande. Le problème réside surtout dans son caractère bureaucratique qui se substituerait à beaucoup d’organisations internationales. On sait comment le football en se popularisant a pu dépasser le simple cadre du sport et ainsi devenir, comme je le disais en guise d’introduction, une activité aux conséquences très politiques. C’est à dire qu’une victoire d’une équipe nationale (restons dans le cadre des sélections nationales) peut avoir des répercussions de politiques internes et même diplomatiques. On a déjà vu des guerres s’engager sur le prétexte du football [1].

Cette Fédération internationale, détachée de tout circuit « légal », a naturellement dégénéré dans la corruption, dont on connaît les scandales récents à ce sujet. Le Foot devenant dès lors une denrée génératrice de paix sociale, la FIFA (sans rentrer dans des considérations conspirationnistes) connaît sa force de frappe. Ce n’est pas pour un hasard que l’UEFA (NDLR. Branche européenne de la FIFA) ait pu obtenir une exonération d’impôts (hors TVA) en France, pays organisateur de l’EURO[2]. Un geste en récompense de l’attribution d’un Euro de football ?  En récompense d’un coup de pouce à l’équipe de France ? On ne le saura probablement jamais. Officiellement, il s’agirait des retombées économiques de près de 900 millions d’euros pendant l’EURO. Dans tous les cas, quid de l’égalité devant l’impôt ? Pourtant, si chère aux étatistes français.

Le parcours de l’équipe de France de football est aussi, au moment où je vous parle, synonyme d’augmentation du côté de popularité de nos chers politiques.

François Hollande qui était 12 points de popularité avant l’Euro, a vu sa côte de popularité augmentée de 6 points –auprès des sympathisants de gauche- [3]avec la qualification de l’équipe de France pour les phases finales de la compétition. Sa présence assidue aux matchs de l’équipe française –au lieu de s’occuper de problèmes plus importants – n’est assurément pas un hasard, communication toujours. Pour la petite anecdote c’est la victoire par la France de la Coupe du Monde de football en 1998 (organisée en France) qui avait vu la côte de popularité de Jacques Chirac décollée, rendant ce Président sympathique. Triste.

Cet événement tombe aussi à pic puisqu’il permet, et cela est évident pour ceux qui ont un minimum d’esprit, puisque le mot « distraction » veut dire ce qu’il veut dire, l’Euro reste un bon leurre pour oublier les problèmes importants de la France. On ne parlera pas du chômage qui explose, ni non plus de l’état d’urgence qui a été prolongé au moins jusqu’au mois d’août, ni non plus de la discrète loi relative à la « liberté de création » [4]qui va mettre à mal la Liberté d’expression et l’accès à l’information. Sans oublier l’état de guerre civile larvée laissé par les opposants à la loi « travail ». Bref, ne nous perdons pas dans ce genre de détails.

On peut conclure que le football est l’outil du pouvoir, un mal qui permet d’asseoir une douce autorité sur un individu déresponsabilisé et prisonnier de ses propres passions et pulsions provoqués par ces évènements. Non, l’État n’organise pas de tels événements d’envergures pour renforcer une pseudo cohésion sociale, ni même inculquer des valeurs louables comme le « respect », mais simplement pour s’asseoir sur l’individu.

Une victoire de la France ce soir (écrivant ce billet la veille de la Finale) risque d’allumer les feux de joie, confettis, et fumigènes. Dans la joie et la bonne humeur tout cela dans l’ombre de la présidentielle approchant et, je l’espère ironiquement, son lot de coups bas pour amadouer l’électorat. Celui, ne voyant plus au-delà du bout de son nez.

 Pour conclure, je finirai par une citation de Benjamin Constant, bien qu’il parle de la guerre, cela vaut bien évidemment pour les « jeux ».

« Dans tous les temps la guerre sera, pour les gouvernements, un moyen d’accroître leur autorité. Elle sera pour les despotes une distraction qu’ils jetteront à leurs esclaves, afin que ceux-ci s’aperçoivent moins de leur esclavage. Elle sera, pour les favoris des despotes, une diversion à laquelle ils auront recours pour empêcher leurs maîtres de pénétrer dans les détails de leur administration vexatoire. Elle sera, pour les démagogues, un mode d’enflammer les passions de la multitude, et de la précipiter dans des extrémités qui favoriseront leurs conseils violents ou leurs vues intéressées. »           


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