Extrait : La Fable du Roi de Syldavie tirée de L’Éthique de la liberté, de Murray Rothbard

Par CorsicanLibertarian,

 

« Ludwig Von Mises avait un bon truc pour éviter les réactions émotives, qui était de prendre un pays imaginaire comme la Syldavie. Disons que ce pays est gouverné par un roi qui, dans le passé, a gravement porté atteinte au Droit des personnes et à leur propriété légitime, en réglementant leurs propriétés pour finir par les confisquer. Un mouvement politique libertarien apparaît en Syldavie et finit par convaincre le gros de la population que le régime, criminel, doit céder la place à une vraie société libertarienne, respectant le Droit de chaque homme sur sa propre personne et sur la propriété découverte et créée par lui.

 

Devant l’imminence d’une révolution victorieuse, le roi, dans sa ruse, recourt au stratagème suivant : il dissout son gouvernement, non sans avoir d’abord pris soin de morceler l’ensemble du royaume en lots dont il décrète qu’ils « appartiennent » à lui-même et à des membres de sa maison. Puis, il va trouver les rebelles libertariens et leur dit : » Voilà, j’ai satisfait votre voeu et démantelé mon empire. L’ingérence violente dans l’économie privée appartient désormais au passé. Toutefois, nous sommes, moi-même et onze membres de ma famille, propriétaires chacun d’un douzième du territoire syldave, et si vous troublez de quelque manière la jouissance de cette propriété, vous porterez atteinte au principe fondamental et sacré que vous défendez, l’inviolabilité de la propriété privée. Ainsi donc, et bien que nous nous interdisions désormais de percevoir des « impôts », il vous faut à vous nous reconnaître à chacun le Droit, selon notre bon plaisir, de vous imposer des « fermages » en tant que « locataires », et de contrôler à notre gré l’existence de tous ceux qui entendront vivre sur nos terres. Ainsi, ce seront les « loyers privés » qui remplaceront la totalité des impôts ! »
Que répondront les rebelles libertariens à cette provocation effrontée ? S’ils sont des utilitaristes conséquents, ils doivent s’incliner devant le subterfuge et se résigner à vivre sous un régime non moins despotique que celui qu’ils avaient combattu pendant si longtemps – voire encore plus despotique puisque le roi et sa famille se réclament maintenant du principe libertarien qu’est le Droit absolu de la propriété privée, absolutisme qu’ils n’auraient peut-être pas osé invoquer auparavant.
Il est clair que les libertariens, s’ils veulent faire échec à ce stratagème, doivent prendre appui sur une théorie qui distingue la propriété juste de la propriété injuste ; ils ne peuvent rien attendre de l’utilitarisme. Ils diront donc au roi : »Désolés, mais nous ne reconnaissons que les titres de propriété privés qui sont justes, c’est-à-dire qui découlent du Droit naturel fondamental qu’a tout individu de se posséder lui-même et la propriété qu’il a lui-même transformée par son énergie, ou que d’autres ont transformé et lui ont volontairement cédée par l’échange ou le don. Autrement dit, nous ne reconnaissons pas à quelqu’un le Droit de se dire propriétaire simplement parce que lui-même, ou quelqu’un d’autre, s’est mis dans la tête de décréter que la chose lui appartient. Par conséquent, nous affirmons notre Droit de vous évincer de votre prétendue propriété privée et de celle de votre famille, pour la rendre aux propriétaires individuels que l’imposition de vos prétentions illégitimes a proprement agressés. »

 

 

Murray Rothbard

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