La théorie du porc-épic d’Arthur Schopenhauer ou la formation de la société civile :

Par CorsicanLibertarian

Wille zum Leben ou La Volonté de vie, est un concept développé par Arthur Schopenhauer dans son essai « Le Monde comme Représentation ». Dans son livre, il développe l’idée que le monde est le miroir de la Volonté. Par Volonté, Schopenhauer entend bien entendu Volonté de Vie (l’expression étant pour lui une redondance, car pour lui, vouloir, c’est déjà vouloir-vivre. Ce vouloir-vivre, c’est quelque chose qui est en nous mêmes. La Vie n’est pour lui que souffrance et le bonheur n’existe pas. Il n’y a que des moments de bonheur, où l’homme trouve dans ses fléaux une certaine stabilité. La situation de l’homme végète entre la souffrance et l’ennui. S’éloigner d’un de ses maux, c’est pour Schopenhauer se rapprocher de l’autre. Ainsi dit-il que la souffrance est le mal commun des classes défavorisées et l’ennui le mal des classes aisées.

La vie étant souffrance, la Volonté de vie de l’homme va l’encourager à utiliser sa connaissance pour s’unir et diminuer les quantités de souffrance de la vie. La vie est souffrance, car le vouloir implique le besoin, et l’homme va donc, pour réaliser des concrétisations, subir un certain nombre de souffrance. La vie est donc un long chemin, un long combat qu’il sait perdu d’avance, dans le but de préserver son existence et d’évincer la souffrance. Mais comme il le dira, l’homme, après avoir enfermé toutes les souffrances en enfer, n’aura que l’ennui pour remplir le ciel. D’où cette allégorie de la vie comme un balancier alternant de gauche à droite, de la souffrance à l’ennui.

C’est ainsi que s’explique la théorie du porc-épic de Schopenhauer. Qui mieux que lui pourrait l’illustrer si brillamment ?

“Par une froide journée d’hiver, un troupeau de porcs-épics s’était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais tout aussitôt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s’éloigner les uns des autres. Quand le besoin de se chauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de façon qu’ils étaient ballottés de çà et de là entre les deux souffrances, jusqu’à ce qu’ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendit la situation supportable. Ainsi, le besoin de société, né du vide et de la monotonie de leur propre intérieur, pousse les hommes les uns vers les autres ; mais leurs nombreuses qualités repoussantes et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau. La distance moyenne qu’ils finissent par découvrir et à laquelle la vie en commun devient possible, c’est la politesse et les belles manières. »

Si les hommes s’associent librement, c’est dans le but de se préserver et de minimiser leurs souffrances respectives. Ce serait une contradiction de dire que les hommes sont institués pour la société, alors que la société est instituée pour le bien des hommes. La Volonté de Vie impliquant le vouloir-vivre et donc la volonté de la préserver, les hommes s’instituant dans le but de se nuire et de souffrir mutuellement est une contradiction dans les termes qui ne tient que pour les plus névrosés. La Volonté de détruire son corps et sa psychée est incohérente, car Volonté est déjà vouloir-vivre et Volonté de Vie et une sauvegarde de l’homme contre la souffrance.

Officiellement Schopenhauer se disait inspiré par Kant et les bouddhistes, mais dans ses écrits, on peut discerner tout de même qu’il a des liens avec Locke et les Lumières Ecossaises, sans qu’il n’en ai lui-même pris conscience. L’image est parlante : les porcs-épics s’approchent pour se réchauffer, mais ils s’éloignent quelque peu car ils sentent la douleur de leurs épines, dans le but de trouver un juste milieu entre leur recherche de chaleur et leur souffrance. L’état de nature lockéen, où l’homme vit en paix, mais dans la solitude, et où il cherche à constituer une société civile avec ses pairs. Si ils n’y font cas, la simple association des citoyens dans le but de protéger mutuellement leurs intérêts civils peut se métamorphoser en contrat social rousseauiste où l’homme finit par ne plus être Volonté, mais partie d’un corps social l’annihilant.

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