La belle est la bête

Je voulais revenir avec quelque chose de différent, un truc qui secouerait un peu, mais en ces temps de recueillement et d’hommage national pas grand chose n’a secoué le monde de la socialie française. L’état d’urgence nous amène un peu plus vers la dictature bienveillante et sécurisante. Mais cette semaine la campagne des régionales à repris son chemin et chacun y va de ses idées sur tout, sur rien, mais surtout sur la manière de nous la faire à l’envers. Une des candidates m’a attiré l’œil et l’oreille en mettant un coup de pied dans une culture bien française que celle de la subvention publique, et non des moindre, celles du planning familial. Donc, si vous avez suivi l’actu cette semaine, je m’en vais faire l’avocat de Marion « Maréchal-Nous-Voilà » Le Pen (oui, ça me fait rire !)

 

« Il faut savoir pourquoi, alors qu’il y a eu une facilitation de l’accès aux contraceptifs, les avortements ne baissent pas. Pourquoi parfois ils augmentent -et en PACA nous avons même des taux inquiétants-, alors que dans le même temps, on continue de libéraliser l’accès à l’avortement avec la loi santé qui va être votée, en mettant des quotas aux centres médicaux de taux d’IVG, en supprimant le délais de réflexion… Je trouve que ce n’est pas une bonne approche. Je suis pour une responsabilisation des femmes et surtout, je suis pour sortir de l’idéologie. »

 

Voilà, les gros mots sont lâchés. Pourquoi cette déclaration de Marion Le Pen? Peu de gens le savent, mais l’assemblée a autorisé et supprimé certaines choses importantes pour pousser plus loin la loi Veil du 17 janvier 1975. Je vais rappeler ce qu’est la loi pour laquelle Simone Veil c’est battue avec tant de fermeté contre vents et marrées.

La loi  du 17 janvier 1975 fait suite à plusieurs choses, la loi Neuwirth qui dépénalise l’utilisation de contraceptifs, le manifeste des 343 c’est une liste 343 femmes qui sont pour l’avortement et qui l’ont exprimé en signant une pétition parue dans le Nouvel Observateur en avril 1971, bravant, ainsi la loi et risquant la prison. La loi répond surtout à une des choses qu’impliquait l’interdiction de l’avortement, la clandestinité et les risques que les femmes encouraient lors des interventions « maison », cette pratique fût mise en lumière par le procès de Bobigny (1972), qui jugeait une jeune fille mineure, tombée enceinte suite à un viol, ainsi que 4 autres femmes, dont la mère, pour avoir procédé à l’avortement clandestin. Puis, en 1972, Le nouvel observateur publie une liste de 331 médecins revendiquant avoir bravé la loi pour pratiquer des IVG, dans la clandestinité, mais en offrant des conditions médicales dignes de ce nom: le manifeste des 331. La loi Veil répond à cette clandestinité, elle ouvre la porte à ces femmes souvent dans la détresse d’une grossesse indésirée. La loi dépénalise l’Interruption Médicalisée de la Grossesse (IMG) et l’Interruption Volontaire de la Grossesse (IVG)

 

Mais la Loi Veil n’ouvre pas à n’importe quoi non plus. Elle fixe un cadre clair et précis et impose des conditions importantes avant le passage à l’acte.

  • Volonté de la mère
  • Autorisations d’experts médicaux
  • Si il n’y a pas d’autres alternatives

En aucun cas, il est stipulé que cela doit être un acte banalisé, car là est bien le problème aujourd’hui, c’est qu’on a tendance à mélanger dépénalisation et banalisation. Simone Veil lors de son discours face à l’Assemblée le dira elle même:

 

« Je le dis avec toute ma conviction: L’avortement doit rester l’exception, l’utlime recours pour des situations sans issue. Mais comment le tolérer sans qu’il perde ce caractère d’exception, sans que la société paraisse l’encourager? Je voudrais tout d’abord vous faire partager ma conviction de femme -Je m’excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d’hommes: aucun femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. »

 

Depuis le début de l’année dans l’hémicycle (8 avril 2015) on veut encore plus faciliter l’accès à l’IVG et aller plus loin. Quelques décisions importantes ont déjà été prises et voté en première lecture. Il a été supprimé le délais de réflexion qui était de 7 jours. Deux rendez-vous au préalable étaient obligatoires dans le délai des 12 semaines légales pour pratiquer toute intervention, ce temps pouvant être réduit à 48h selon l’urgence. Depuis le 28 septembre 2015, en plus des médecins spécialisés, les sages-femmes pourront pratiquer l’IVG médicamenteuse, l’aspiration étant un acte chirurgical rien ne change. Quand au quotas, j’ai rien trouvé de sources fiables, beaucoup d’associations et de blogs religieux y font allusion, mais je n’ai rien trouvé ailleurs. J’ai parcouru le pavé du Sénat portant sur les accords et refus des modifications de la loi et je n’ai rien vu. Si vous voulez jetez un oeil et me dire si vous voyez quelque chose, faites moi signe, je me ferai un plaisir de modifier mon article.

Le pavé est ici: http://www.senat.fr/rap/l00-210/l00-2109.html

 

Donc, voilà, un rappel nécessaire de la loi Veil et des ces modifications pour cette année 2015.

 

« Vous êtes en train de détruire par idéologie l’équilibre de la loi de 1975 entre la protection de la vie à naître et la liberté des femmes » Xavier Breton (UMP/Les Républicains)

 

Je dois honnêtement vous avouer que je suis d’accord avec les propos de Xavier Breton et Marion Le Pen, oui à un moment, il faut bien revenir au sujet de départ. On assiste depuis quelques années à une déresponsabilisation complète face à cet acte qui n’est pas anodin du tout. Des avortements répétés, et même un seul, peuvent provoquer aussi des dégâts irréversibles chez les femmes, il y’a une perte de conscience chez la grande majorité des jeunes femmes, beaucoup de membre du personnel médical travaillant dans ses secteurs ont souvent le même témoignage; « certaines viennent pour la 6 ème fois » « il est admis aujourd’hui que l’avortement est un moyen de contraception comme un autre. »  Je ne suis pas un anti-IVG, bien au contraire, je ne connais pas le positionnement de la nièce Le Pen sur le sujet, mais, toute femme a la liberté de réaliser un acte quelque qu’il soit sur son corps du moment qu’elle en est pleinement consciente et qu’elle en soit pleinement responsable. La loi Veil avait pour vue de cadrer et de fixer un équilibre, en mettant sur la route de l’avortement tout un processus pour faire prendre conscience de la lourdeur de l’avortement et responsabiliser les personnes. Aujourd’hui, la modification de loi enlève  des explications et des personnes, et pour en connaitre, elles n’ont pas un discours pro ou anti, elles sont là pour expliquer cliniquement les choses et accompagner. Ce que mademoiselle Maréchal tente de dire c’est que nous sommes en pleine dérive et que les plannings familiaux ne font plus ce travail de sensibilisation, peut-être par idéologie comme elle semble le sous-entendre, peut-être par manque humain, de ressources ou l’insistance des parents accompagnant les personnes mineures.

Nous venons maintenant à la question des subventions, question délicate tant la culture de la subvention est encrée dans l’ADN associatif français. Les plannings familiaux sont des associations à fort caractère idéologique (pas tous, on est d’accord !) qui aide en général, il faut le reconnaitre, beaucoup car très au fait des lois et des droits divers et variés. En fait je pense vraiment que la question des subventions est très secondaire, je pense que c’est un plan com’, comme le maitrise plutôt pas mal le clan Le Pen. Il y’aura toujours des privés pour subventionner se genre de structure. Ce genre de structure doit exister mais pas par l’argent public, il faut que les cliniques soient un réflexe, il faut confronter les femmes et surtout les plus jeunes d’entres elles à des médecins spécialisés et des psychologues ou que sais-je, pour bien les responsabiliser sur les conséquences d’un tel acte. Il faut redonner la place aux contraceptifs qui sont de moins en moins utilisés par les jeunes. Je pense que Marion Maréchal Le Pen tente, adroitement ou pas, d’alerter en premier lieu sur cette dérive et cette perte de conscience générale qui va s’accroitre avec une simplification du parcours.

 

Car pour mettre tout le monde d’accord, elle ne peut pas toucher à l’ensemble des subventions allouées aux plannings familiaux de sa région PACA, pourquoi ? Car c’est le conseil général, donc le département qui gère ce portefeuille et qui en verse une très grosse partie (70-85%), ensuite vient l’état, un peu moins de 10% et en début d’année, personne n’a crié au scandale, mais l’état a revu lui aussi à la baisse et donne en moyenne 5%, puis les communes, et les agglos. Donc la région ne représente qu’une petite partie de ces subventions publiques. Marion Le Pen le dit elle même dans une interview pour Valeurs Actuelles:

 

« Je me permets de dénoncer l’amalgame entre subventions du planning familial et remise en cause de la légalité de l’avortement, qui sont deux sujets différents. Plusieurs raisons à mon choix. il n’est pas question de faire disparaître ces associations pour la bonne raison qu’elles touchent des centaines de millier d’euros de subventions annuelles par l’ensemble des échelons! mairie, intercommunalités, métropoles, départements, régions état. La suppression des 200 000€ annuels de subvention de la région n’entrainera pas leur disparition. Par ailleurs, 200 000€ de subvention à une seule association dans un contexte budgétaire contraint était déjà, en soi, un scandale, surtout quand l’action de l’association ne rentre pas dans les champs des compétences de la région. »

 

Merci Marion pour cet éclaircissement de votre position sur le sujet.

 

L’interdiction de l’IVG n’est donc pas pour demain, et c’est tant mieux, beaucoup de femmes n’ont que cette solution, et cette solution, comme le stipule la loi Veil, doit être exceptionnelle, ou une dernière alternative. Je laisserai le soin à certains de m’expliquer que porter la vie est quelque chose de sacré, même après un viol, ou je vous le rappelle, un enfant est le fruit de l’amour. Je laisserai le soin à certains de m’expliquer que porter la vie est une chose sacrée, même si la vie future de cette embryon (je ne rentrerai pas là dans ce débat embryon vie ou amas cellulaire) est vouée à la souffrance physique liée à des anomalies génétiques dont certaines sont détectables intra-utéro.

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