Billet : L’abbé Antonio Genovesi, maître économiste et philosophe de Pascal Paoli

Par CorsicanLibertarian,

L’abbé Antonio Genovesi, né le 1er novembre 1712 à Castiglione et mort le 22 septembre 1769, est un philosophe et économiste napolitain, qui est le maître de Pasquale Paoli à Naples. Durant cette période, Paoli suit l’enseignement d’Antonio Genovesi, titulaire de la première chaire européenne d’économie politique, qui, humaniste, place au premier plan de la légitimité du pouvoir l’intérêt du peuple et prône la séparation du spirituel et du temporel. En économie, Antonio Genovesi insiste sur le commerce international comme source de richesse et valorise en particulier le travail (héritage des physiocrates), conceptions qui seront plus tard appliquées par Pascal Paoli, qui fut également un grand lecteur de Montesquieu, comme Genovesi.

Genovesi, avec le savant Intieri, a organisé la première chaire d’éco en Europe (voire au monde) et est un des fondateurs de l’économie politique (Ses leçons d’économie politique datant de 1757, alors que La Richesse des Nations d’Adam Smith a été paru en 1776).Enseignant la philosophie à l’université de Naples avec assez d’éclat, l’abbé Genovesi s’attira de nombreux adversaires par la publication de quelques écrits en latin sur la métaphysique, ou il adopte les principes de Galilée, de Grotius et de Newton. Sous la protection du roi Charles VI, il devint professeur de philosophie et d’économie politique à l’université de Naples.

Philosophiquement, il se sentait très proche de John Locke (qu’il admirerait) Grotius, ou de David Hume, et avait une idée relativement favorable du Droit Naturel, étant d’accord avec le fait que les lois ne doivent être que représentatives de choses qui leur sont antérieures. L’idée d’équité fait énormément penser à l’idée de justice sociale qui caractérise Paoli et qui n’est rien d’autre que le respect de la loi naturelle. L’abbé Genovesi était également en faveur de la séparation du corps civil et du corps ecclésiastique, en somme de l’administration de la loi et de l’Église.

Il se fait déjà une certaine idée de la valeur proche de la valeur utilité, en étant contre l’idée que la valeur d’un bien est déterminé par la quantité de travail intégré, et dit que c’est bien plus la demande d’un bien qui en fait sa valeur. À l’instar de ce que dira Milton Friedman dans son Capitalisme et Liberté, Genovesi est convaincu que la liberté économique est une manifestation de la liberté humaine. Il développe un modèle prix-flux monétaire proche de celui de l’anglais David Hume. Vivant à la même époque qu’Adam Smith, il a vigoureusement critiqué la propriété de l’Église, le féodalisme et ses privilèges fiscaux et était convaincu que le marché aiderait à créer un monde libre et plus égalitaire et assurerait le Salut Public. Suite aux famines de 1763 et 1764 en Italie, il se déclare en faveur de la liberté du commerce des grains et se sent bien plus proche des physiocrates que des mercantilistes en n’étant pas d’accord pour dire que la richesse ne consistait pas à accumuler des métaux précieux comme le pensait les mercantilistes (même si il est pour une certaine protectionnisme malgré cela et une réglementations des flux commerciaux, une liberté économique pour les échanges internes du pays, ce qui a probablement changé avec la famine 1763) mais que la richesse d’une nation est déterminé par la valeur de la demande. Il soutient la fin des lois obsolètes sur les intérêts des prêts.

Voilà une traduction approximative de ma part d’un passage de ses Lecons d’economie civile :

« Beaucoup n’ont pas compris et ne comprennent toujours pas ce que veut dire cette phrase d’Aequitas [déesse du Commerce, qui veut également dire équité], que les Grecs appellent « équité ». L’équité dans toute langue latine n’est rien d’autre que la Justice, et L’aequum [traité entre égaux] et le justum dont les Lois romaines sont synonymes. L’Équité est donc ainsi une parole de rapport (?), comme la Justice. Où la Justice est l’accouplement parfait, l’exacte justesse de chaque chose avec sa règle. Deux sont des règles morales, que les populations civiles possèdent pour la justesse de leurs actions.
-La loi civile
-La loi de la nature
Les lois civiles sont nées comme soutien des lois, donc elles sont en quelque sorte soumises à une règle ; et cette règle est la loi de la nature. La loi de la nature de la loi, qui est de la propriété de chacun; puisque les lois civiles doivent avoir le même office. Mais parce que dans les villes, on cède des lois pour former la loi publique, il y a donc des lois créées qui ne sont pas dans l’état naturelle, et il arrive que l’action correspond à la loi civile, mais pas à la loi naturelle. Ainsi le juge doit étudier dans le but de faire s’approcher le plus possible la définition les lois civiles avec celles des lois naturelles. Cette équation, ou approximation, fut énoncée par les Grecs Epiicia (voyez Aristote dans les Eudem) et des Latins Aequitas. Si la première loi de la société civile est le Salut Public, il s’en suit que la compassion pour pouvoir être juste, doit se plier à cette loi générale. D’où qu’elle favorise le privé à la dépense publique, qui n’est rien de plus que l’équation avec la loi naturelle qui est énoncée ; sinon c’est l’iniquité. Ces juges donc sont par ignorance injustes et cruels, quand ils croient être justes et humains. » Antonio Genovesi, Lezioni d’ecunumia civile, page 112

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