Dossier : Quand l’Université Française rime avec déliquescence (partie 2/2)

 

  • Sommaire :
  • I-Le futur « master pour TOUS » ou le futur « chômage pour tous » (Partie 1)
  • II Quelles seraient les conséquences de la mise en place d’un tel système ? (Partie 1)
  • III -Aux origines du mal : l’égalitarisme républicain. (Partie 1)
  • IV -Problème déjà posé au début du 20ème siècle : Le diagnostic du bon Gustave le Bon. (Partie 2)
  • V –Le coût de l’université public française : l’étudiant la première victime. (Partie 2)
  • VI – La déliquescence de l’université française pour quel dessein ? Entre nivellement par le bas et sectorisation sociétale. (Partie 2)
  • VII –Quelles solutions ? (Partie 2)

 Par Chuck Noel.

 

IV -Problème déjà posé au début du 20ème siècle : Le diagnostic du bon Gustave le Bon.

 

Gustave Le Bon qui a été pendant longtemps secrétaire au sein du cabinet de Tocqueville et dont il en a probablement tiré des leçons a, dans son ouvrage phare « psychologie des foules » paru au début du 20ème siècle, dénoncé déjà (!) les dérives du système scolaire égalitaire et notamment le système « concours » imposé par l’Éducation nationale de l’époque.
À l’époque il mettait en exergue les problèmes qu’entrainaient ce système de « concours » qui se traduisait par l’apprentissage théorique pour ne pas dire un apprentissage « parcoeur » d’un domaine de compétence donné. Ce qui donnait lieu déjà à l’époque un surnombre des titulaires de diplôme de l’enseignement supérieur. Ce qui était –quasiment comme aujourd’hui- très au dessus de l’offre d’emploi des employeurs, ce qui avait pour résultat un décalage dans la chaîne de l’emploi, ce qui avait pour résultat de susciter la frustration de ces néo-diplômés qui ne trouvaient pas d’emploi à la hauteur de leur niveau d’études, c’est ce qui a contribué à la fin du 19ème siècle au développement de l’Anarchisme « armé » et sa vague d’attentats meurtriers.

 

Gustave Le Bon pointait du doigt « l’incompétentisme » de ces diplômés qui n’avait pas suivi une véritable formation professionnelle c’est à dire une formation théorique et pratique –problème qui n’a jamais été aussi d’actualité et accru dans les cursus LMD. Le cursus se résume à passer des examens théoriques sans aucun contrôle continu, autrement dit on révise pour l’examen pour oublier les notions deux semaines après. C’est ce qui est encore le cas aujourd’hui, Malheureusement.

 

Cette triste constatation, a été accompagnée par Gustave le Bon de solutions notamment provenant du système Anglais, en effet Gustave Le Bon louait le système anglais qui proposait et propose toujours une formation empirique fondée à la fois sur la pratique professionnelle et la théorie. Où chacun arriverait à la place qui serait à un moment donné la sienne en fonction de ses capacités et non après un concours dont on peut douter des véritables facultés de chacun. En résumé l’école pour tous en fonction des capacités et facultés de chacun.  C’est ensuite l’expérience qui permettra néanmoins de grimper ou non les échelons.

 

En résumé c’est l’absence de véritable sélectivité fondée sur le seul talent et l’expérience que tout le système français vacille. Autrement dit c’est le système universitaire public français qui a remettre en cause.

 

Cet égalitarisme n’est pas gratuit, son financement ne provient pas la providence. L’absence de sélection et le renforcement du système LMD vont avoir de lourdes conséquences pour les contribuables, rien que 700 millions d’euros ont été débloqués pour le plan campus censé  « réhabiliter » l’Université française. Les résultats de ce plan tardent à arriver…

 

 

V –Le coût de l’université public française : l’étudiant la première victime

 

Derrière la bonté de certains de vouloir faire de la France un pays de cadres, comme si la France avait les moyens de cette ambition, se cache le coût faramineux de tout le système universitaire Français avec son lot de dépenses inutiles. La suppression de la sélection en Master 2 ne fera qu’accentuer cette tendance.

 

Pour comprendre l’envergure d’un tel coût il faut placer le curseur en Première année de licence où l’absence de sélection est de mise. Sachant qu’un étudiant coûte au contribuable 10 000 euros par an qu’il a une chance sur trois (tout bac confondu) d’accéder à la seconde année de licence sans redoublement ou réorientation vers une autre licence. Sans compter les passages en seconde année en  « repêchage » c’est à dire que depuis le système LMD l’étudiant qui n’a pas eu la moyenne mais a eu la moyenne dans un certain nombre de matière prises séparément pourra rattraper les matières sans moyenne lors de la seconde année. En pratique, ce rattrapage est très souvent voué à l’échec puisque l’étudiant doit en plus des matières de seconde année « travailler » les matières de première année qu’il n’a pas validé. Certaines universités permettent même ce rattrapage pour la troisième année de licence. Ce rattrapage montre les limites de l’idéologie du diplôme pour tous, puisque on incite l’étudiant à persévérer dans une voie qui n’est peut être pas la sienne tout en sachant que l’Étudiant obtenant une licence sous l’empire d’un tel système sera raillé par de potentiels employeurs.

 

On estime une perte sèche annuelle pour le contribuable de plus de 1 milliard d’euros par an. Si cet argent serait légitimement utilisable, il le serait dans la vraie formation professionnelle de ces étudiants, dont à l’heure actuelle qui on promet mont et merveille et qui se retrouvent les principales victimes de ce système.

 

On en revient au master pour tous, le schéma sera le même des étudiants à qui les études approfondies ne conviendraient pas. Il faut rappeler que jusqu’il y a peu le niveau Master 1 était un véritable diplôme ouvrant le champ des possibles, le titulaire d’une maitrise pouvait toujours évolué dans un milieu professionnel. L’avancement n’est jamais exclu.

 

On peut également parler de certains cursus « licence » qui se rapprochent plus d’une formation professionnelle technique ou pas du tout dans certain cas qui là encore promettent monts et merveilles à l’étudiant qui se retrouve sur le carreau à la sortie de sa licence qui –osons le- lui a été distribuée. (je ne citerai pas les filières par respect des personnes qui suivent ce genre de licence) Sauf que outre le fait que l’étudiant licencié ressort avec une très faible employabilité, c’est aussi le contribuable qui lui a financé ces 3 années « inutiles ».

 

Si le chiffre de 1 milliard d’euros revient souvent les chiffres exacts des dépenses pour l’université française sont dans les grandes lignes assez peu connues – il y a tout intérêt de dissimuler la dépense- ce qu’on sait c’est que la dépense n’ira qu’en augmentant puisque le baccalauréat est d’année en année rabaissé, avec ce délire d’obtenir le chiffre de 90% voir –soyons fou- 100% de bacheliers. Sachant qu’on avoisinait les 60% il y a encore 40 ans. Il s’agit d’un corollaire d’une des fantaisies du républicanisme français.

 

A côté de cela nous avons des professeurs d’université sous payés, qui dit conséquence sur la qualité d’enseignement et donc l’employabilité des futurs diplômés de l’enseignement supérieur. Pour donner un ordre d’idée un maitre de conférence également adossé à la recherche (d’après un témoignage d’un intéressé) toucherait moins de 2000 euros net mensuel. Ce qui creuse l’écart avec certaines universités étrangères où certaines rémunérations se compte à 5 chiffres, ce qui a une influence notable sur la qualité de l’enseignement. Noter que l’enseignement y est privé.

 

Cette sous rémunération outre la mauvaise utilisation de l’argent provient encore de considérations idéologiques puisqu’on estime qu’un enseignant est acquis aux « valeurs » républicaines Françaises, que son enseignement n’est qu’un service rendu au nom d’un idéal. Si cela a pu traverser l’esprit de certains romantiques dévots, la réalité démontre que cette idée est loin de faire l’unanimité notamment dans des filières comme le droit ou l’économie.

 

Si économiquement parlant le maintien d’un tel système voue le pays à la catastrophe. Pourquoi signer et persister pour le maintien voir même le renforcement d’un tel système ? Que se cache derrière cette philanthropie ?

 

 

VI – La déliquescence de l’université française pour quel dessein ? Entre nivellement par le bas et sectorisation sociétale.

 

La réponse ne semble pas aisée, si on reprend tous les systèmes collectivistes on s’aperçoit que l’État à toujours la mainmise sur l’Éducation, que ce soit pour modeler une population selon sa fantaisie ou flatter cette même population pour la rendre plus docile face à son omnipotence. Le modèle français ressemblerait assez à la deuxième méthode, le pouvoir se sert de l’Éducation pour flatter afin de générer une dépendance du citoyen à sa personne, le but est que celui-ci se donne corps et âme à l’État autrement dit se destitue de toute responsabilité individuelle. Afin que l’État joue le rôle de nounou.

 

Quelles conséquences ? Ça permet au pouvoir en flattant le citoyen d’étendre ses tentacules de plus en plus dans la vie des citoyens, tout en les abaissants. Tel le modèle de l’Éducation française : « le nivellement par le bas ».

 

Alexis de Tocqueville dans son ouvrage « de la démocratie en Amérique » mettait déjà en garde contre ce phénomène, ainsi le citoyen abaissé s’éloigne de ses responsabilités individuelles prend goût à l’Égalité et laisse ainsi l’État faire le reste. Ce qui a pour conséquence l’annihilation des libertés individuelles dans l’indifférence la plus totale, l’individu perd conscience qu’il est individu, autrement dit il consent à un contrat tacite de servitude volontaire, c’est ce Tocqueville qualifie de despotisme doux.

 

Autre conséquence de l’égalisation de l’éducation, c’est le creuset généré en réalité entre les classes dirigeantes et les citoyens, ainsi l’ascenseur social reste figé autrement dit plus aucune possibilité de s’épanouir socialement en passant par le système d’enseignement classique.

 

Les masters « pour tous » ne seraient qu’une étape supplémentaire vers l’abaissement général de l’individu pour le seul profit de l’État, qui peut s’imposer en toute quiétude : on appelle cela la justice sociale.

 

Les questions qui se posent naturellement seraient de savoir s’il est encore possible de faire cesser cette spirale infernale ? Si oui, quelles solutions ?

 

 

 

VII –Quelles solutions ?

 

Le master pour tous est juste que la partie immergée de l’iceberg, cela résulte d’un mal plus profond car c’est tout le système LMD qui est à remettre en cause pour ne pas dire tout le système éducatif français. Comment remédier à cette lente chute du système éducatif ? Quelques solutions pourtant bien simples qu’on retrouve dans certains pays européens et qui ont su faire leurs preuves.

 

Le système anglo-saxon nous offre le juste équilibre entre qualité des diplôme et accès au diplôme. Au Royaume-Uni (hors Écosse). Une sélection est mise en place dès la première année d’université après l’obtention du A Level (l’équivalant du Baccalauréat Français), les étudiants doivent choisir une spécialisation dès la première année d’étude en Licence ou « undergratuate », de plus les futures étudiants ont le choix de la difficulté de leur Licence qui se décline en trois « classes » ou distinction traduite par l’enseignement de matières supplémentaires, Lower second class, upper second class et first-class. Ces classes vont correspondre à la valeur du diplôme final, elles permettent également à l’étudiant d’aligner ses études selon ses facultés personnelles.

De plus l’Université sélectionne selon des critères qui lui sont propres et en fonction des places offertes par le Gouvernement –seule limite du système anglais à mon avis. Une fois leur « Undergraduate » avec ou sans distinction ils peuvent accéder au postgraduate qui est un équivalent du Master.

 

L’avantage de ce système c’est qu’il permet de faire une sélection dès la première année et moduler par la suite le niveau de l’étudiant avec le système de « class ».

 

Aux Etats-Unis bien que le système diffère quelque peu du système anglais il reste, sur le principe, identique au système Anglais, qui est le principe de la sélection dès la première année. Ainsi les américain ayant obtenu leur diplôme « high school » en fonction de leur notes obtenues peuvent postuler à l’université afin d’y faire un cycle de 4 ans : « Baccalaureat  ou bachelor degree» qui est l’équivalent de la licence. Le « bachelor degree » se divise en deux séquences, une première de deux ans avec une approche généraliste du diplôme postulé et les deux dernières correspondent à un domaine d’études plus spécialisé. En parallèle, il existe un équivalent au bachelor degree qui se veut plus professionnalisant, c’est le first professionnel degree. Celui-ci est en revanche beaucoup plus sélectif que le bachelor degree puisque la demande est telle que les Universités s’octroient le droit de sélectionner les meilleurs dossiers.

 

L’Université américaine à l’avantage d’être libre dans ses processus d’admission des étudiants à aucun moment l’État intervient dans le processus de libre choix des universités, une Université souple dans sa sélection risquera seulement de voir ternir sa réputation.

 

Une fois le bachelor degree ou first professional degree obtenu l’étudiant rentre en « master’s degree programme » certains de ces masters demandent une qualification supplémentaire comme pour la filière droit avec l’obtention d’un juris doctorate.

 

Après cette brève explication du système anglo-saxon qui semble être efficace avec tant de pratique que de théorie, avec un véritable choix de carrière offert tant aux étudiants qu’aux Universités – qui restent libres dans leurs modalités d’admission. Ce qui a pour effet naturellement de générer une véritable concurrence entres les universités et ainsi grandement jouer sur la qualité de l’enseignement.

 

La sélection est unique dès la première année et ne se situe pas seulement en milieu de cursus, ce sont les « class » qui feront la différence par exemple dans le système anglais.

 

De plus les universités sont payantes ce qui joue grandement sur la qualité des enseignements, l’Université anglo-saxonne n’attend pas les deniers de l’État, elle attend les deniers de ses étudiants qu’elle doit satisfaire au mieux, en leur offrant la meilleure qualité d’enseignement que possible. Les universités anglo-saxonnes sont responsables.

 

Qui dit inscription payante, dit Université pour riche ?

 

Si l’accès à ces universités semblent de prima abord viser seulement une classe aisée, le système anglo-saxons reconnaissant le mérite, dès il n’interdit pas et même encourage les classes les plus pauvres à l’accès à l’université notamment par l’octroi de « bourse au mérite » -qu’on supprime en France. Ces bourses ont pour finalité de récompenser les « a level » qui ont obtenu leur diplôme avec les félicitations. On vise à récompenser le talent quelque soit l’origine sociale de ce talent.

 

Concrètement quelles sont les solutions a apporté au système universitaire français en général ?

 

Le système universitaire Français est régit par une loi de 2007 qui a donné une pseudo autonomie aux universités puisqu’elles restent tributaires des bacheliers dont elles ne peuvent faire aucune sélection, ce qui donne comme on l’a dit des conditions de cours exécrables. Des Universités endettées conduites par un abaissement général de la qualité de ses diplômes.

 

Cela se traduit en 3 articulations :

 

  • 1°D’une part, il faut en finir avec le droit au diplôme et sa sacralisation. Le diplôme doit être qu’un simple marqueur professionnel et non un quelconque droit à. On peut s’insérer professionnellement sans le précieux sésame et parfois même mieux. Cesser avec les fausses promesses -du genre- qu’on a fait pour tel ou tel domaine encouragées par des repêchages très couteux. Il faut cesser de passer à côté de talents potentiels.

 

  • D’autre part, réinstaurer une véritable sélection à l’entrée des universités, ou dans un premier temps réutiliser le système de « class » anglais. La sélection ainsi en M2 sera devenue obsolète. Ce qui aura pour conséquence de déboucher la première année de licence, les étudiants sélectionnés seront généralement ceux qui ont choisi cette voie dans le cadre d’un projet professionnel et non par défaut. Gain net pour le contribuable et pour les étudiants qui auront un meilleur cadre d’étude.

L’Université doit redevenir un lieu de Liberté privilégiée. Par conséquent les Universités françaises devront cessées d’être mise sous une tutelle accrue par l’État, pour   ainsi se responsabiliser, par conséquent elles pourront se mettre en concurrence avec d’autres universités françaises et même étrangères, ce qui conduira forcément à l’amélioration de la qualité des diplômes également. Bien sûr cela passe par un retour des frais universitaires mais rien n’interdit l’octroi d’une bourse pour les étudiants les plus méritants. Le mérite doit aussi se retrouver au cœur de l’Université Française, cela passe aussi par le retour des bourses au mérite.

 

  • Enfin, professionnaliser certaines filières qui ne sont pas adapter pour un enseignement théorique absolu, et bien entendu, faire entrer dans les cursus français la pratique dès la troisième année de Licence voire même avant comme c’est le cas du « Bachelor degree » américain, devrait être envisagé.

 

Ainsi, une fois ces quelques règles de bon sens mise en œuvre, l’Université française pourra s’épanouir convenablement et voir son niveau général en nette augmentation avec gain compétitivité avec l’étranger en plus d’un gain d’attractivité de l’université française pour l’étudiant étranger. Ce qui aura pour effet dans un moyen-long terme de limiter « la fuite des cerveaux » vers d’autres pays actuellement plus compétitifs et attirer dans le même temps des étudiants étrangers qui seront une plus-value non négligeable pour l’Université Française. Ce qui entrainera irrémédiablement la baisse des dépenses de l’université tout en offrant une égalité de droit d’accès à l’Université.

 

La solution est devant nous, si la volonté était de crée un véritable cadre privilégié pour l’étudiant français, depuis longtemps cette solution serait mise en œuvre. Sauf qu’en France, le pouvoir n’aime pas la concurrence intellectuelle.

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