Billet : Oui, la Corse peut être indépendante

Par CorsicanLibertarian,

Beaucoup se demande si la Corse « peut vivre » sans la France (entendez l’État français), sans pour autant ne pas « bouffer que des chataîgnes » (je cite). Je dirai que oui. Sauf qu’il y a un impératif pour cela.

Elle ne devra pas imiter le modèle d’État Omnipotent à la française. Elle devra abondonner toute prétention de protectionnisme et de fonctionnarisme. Elle devra se former aux mêmes idées que celles auxquelles Pascal Paoli a été formé à Naples, des idées de libre-échange de son maître économiste Genovesi jusqu’aux idées sur la loi naturelle de Montesquieu (« Les lois ne sont pas justes car elles sont lois, mais elles sont lois car elles sont justes) et de Grotius (« Le droit naturel est tellement immuable qu’il ne peut pas même être changé par Dieu. Quelque immense, en effet, que soit la puissance divine, on peut dire cependant qu’il y a des choses sur lesquelles elle ne s’étend pas »). Ils devront s’ouvrir à l’idée de libre-entreprise, de libre-marché, de droits de propriétés protégés, si il souhaite effectivement voir le développement de l’île. Ils ne devront pas voir le marché libre comme l’exploitation des forts par les faibles, ce qu’il n’est pas, mais comme la libre coopération d’individus entre eux, qui vendent et achètent, qui contractent et s’organisent en entreprises ou coopératives volontairement. Elle devra par exemple abondonner l’idée que pour avoir une agriculture, elle doive être subventionner. Une agriculture diversifiée et de qualité peut exister sans l’État, comme le prouve la Nouvelle-Zélande, qui a supprimé la quasi-totalité des subventions agricoles, s’est ouvert au marché mondial, et dont le secteur agricole est caractérisé par la présence importante d’entreprises familiales.

    Elle devra abondonner l’idée rousseauiste qu’elle se fait de la liberté, à savoir que chacun possède en lui-même deux « vrais moi », un épris d’un plaisir malsain et bourgeaois et l’autre épris d’une justice qu’il est loin de percevoir, qu’il faut lui faire percevoir, en forçant les hommes à faire ce qu’ils ne souhaitent pas forcément. Il faut dans l’idée de Rousseau « forcer les hommes à être libres ». Cette conception de la liberté purement liberticide. Elle correspond à une forme de liberté positive comme l’a défini Isaiah Berlin, c’est à dire une liberté en terme de capacité d’action, et non pas une liberté négative, constituée d’interdiction et non pas de prétendus Droits créances comme dans le cas de la liberté positive mise sous tutelle de l’État. La liberté négative se caractérise donc par l’interdiction de voler, d’agresser, de nuire à autrui, à lui-même ou à ses biens (« La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres » John Stuart Mill). La violence n’est légitime que pour se défendre d’une agression ou réclamer justice envers l’agresseur. Ainsi, quelqu’un qui ne respecte pas la liberté négative de chacun se voit de manière purement légitime évincer par ses pairs en recherche de justice. Comme le dit Locke dans son Traité du Gouvernement Civil, chacun est apte à rendre la justice dans l’état de nature lockéen, c’est à dire que tout le monde est habilité à faire en sorte que les torts d’autrui soient réparés, en vertu des Droits naturels (ou en vertu de la nuisance au bonheur d’autrui pour les conséquentialistes) de la victime.

    Qu’est-ce qu’il reste de la France des Lumières ? Plus grand-chose. Les Lumières (parmi lesquelles je ne compterai pas Rousseau pour son effroyable définition de la liberté) et les révolutionnaires étaient fortement attachés à l’idée de liberté individuelle et de Droit naturel, comme le témoigne la DDHC de 1789. Or, la conception du Droit Naturel qui imprègne la DDHC reconnaît qu’il existe des Droits inaliénables et imprescriptibles pour les hommes dont font partie la libre-association et son opposé, la liberté de ne pas s’unir (et donc la sécession). Si vous vous réclamez de la France des Lumières, alors vous vous dites partisan de la liberté de s’unir et de ne pas s’unir, et vous clamez que les gens souhaitant ne pas vivre sous une organisation qu’il ne souhaite pas puisse le faire.

    Art. 2. Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression.

    Art. 4. La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi. »

    La Corse peut être indépendante. Elle le sera si philosophiquement, elle choisit la liberté, et avec elle sa manifestation économique, la libre-entreprise.

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