Billet – L’interdiction du Roundup ou la victoire du clientélisme.

Par Titou.

Je ne viens pas par ce billet faire l’apologie ou au contraire décrier le Roundup, ni prendre la défense ou attaquer Monsanto, mais poser, en tant que vendeur en jardinerie, un bilan d’échec de cette « grande victoire écologique » savamment organisée par Mme Royal au mois de juin.

Voilà 15 ans je traîne mon savoir et ma polyvalence dans les rayons des jardineries, 15 ans que je vends des plantes et des produits phytosanitaires. Autant dire qu’en 15 ans, j’en vu des interdictions, des imbécillités mise en place au nom de la santé publique, de l’écologie et de la connivence. Mais là, ce 14 juin Ségolène Royal a frappé fort. Devant toutes les caméras de télévision, elle offre aux yeux de tous, le grand spectacle du clientélisme électoral en déclarant l’interdiction du Roundup dans les rayons des jardineries. Victoire, le grand responsable de la disparition des abeilles et de la pollution de masse se voit banni des listes de courses des particuliers. Saluée par les écologistes de tous bords, la ministre de l’écologie parade fièrement entourée d’une armée de vendeurs et explique qu’ils s’agit d’un pas important dans la lutte contre la pollution et contre l’usage des pesticides, et que la vente de ce type de produit sera encadrée et réalisée par des vendeurs formés et spécialisés tels des pharmaciens de quartier. Sauf que, la Dame du Poitou ne sait peut-être pas que cette formation existe déjà depuis 2013. Cette formation voulue existe et prend forme en 2011 dans le cadre du plan européen ECOPHYTO. Depuis le 1er octobre 2013, tout vendeur distribuant des produits phytopharmacieutiques est obligé de posséder un certificat qui s’appelle ; le CERTIPHYTO, sinon, le magasin n’a pas le droit de vendre du traitement.

Comment est obtenu ce certificat ? De manière simple et même trop simple. Son obtention fait suite à une formation de quelques heures sur un écran, et durant laquelle, on nous apprend à lire des pictogrammes, la sécurité des usagers, les dangers et à orienter les clients vers les alternatives dites, pour le grand publique (donc mensonge et demi-vérité) BIO. Enfin, presque, seulement celles homologuées par le ministère et les instances nationales et européennes, sinon gare à vous et au magasin si vous vous faites attraper à vendre du savon noir contre les cochenilles. Dans cette formation on y apprend pas tout un tas de choses, comme reconnaître insectes, maladies et les problèmes seulement liés à notre entretien. Cette demi-formation engendre donc très souvent des ventes à l’à peu prés de produits quand de l’eau suffit donc des pollutions inutiles.

Mme Royal crie à la victoire mais n’a fait qu’interdire une marque, là où le bon sens aurait interdit une molécule qui compose 95% des désherbants chimiques du marché ; le Glyphosate. Le Roundup, une fois enlevé des rayons, a fait place à de grand espace vide dans les étals. Personne ne gagnant d’argent avec du vide, et comme je compte sur mon patron pour qu’il continue de me payer , il a donc demandé de boucher les trous avec les concurrents du Roundup (oui, car il est obligatoire de mettre ensemble les désherbants avec les désherbants et ainsi de suite), autrement dit, le glyphosate a été remplacé par… du glyphosate !! Ce qui devait réduire la pollution ne changera rien car les ventes n’ont par conséquent pas diminué. Il y’a même eu un effet inverse, suite à l’annonce du bannissement les gens sont venus en masse acheter du Roundup. Et autre effet, Monsanto et les distributeurs n’ont, et c’est compréhensible, pas voulu reprendre la marchandise des magasins, le stock dormant coûtant cher, « Si un client en veut , vous allez en chercher en réserve. » L’interdiction de la vente au jardinerie a de quoi poser des questions quand on sait que certaines enseignes de grande distribution alimentaire, et de tout le reste, continuent d’en vendre et ce sans vendeur avec certifiés. Vous voulez du Roundup ? Allez chez Auchan !

Conséquence, la filiale Roundup de Monsanto va, suite aux pertes, restructurer la filiale complète, donc des emplois vont sauter et ils se compteraient en dizaine de milliers à travers le monde.

Cette grande victoire écologique est surtout une victoire du clientélisme et du racolage électoral, Mme Royal a montré aux militants d’un parti écologiste chancelant qu’elle avait le pouvoir de répondre à leurs attentes et de justifier sa place de ministre. Sur la forme on donne l’impression d’agir avec force et conviction, mais sur le fond rien a changé. Nombre de vendeurs à demi-formés ne connaissent toujours pas la législation sur le glyphosate ce qui donne lieu a des choses énormes dans les conseils d’utilisation, certains n’hésitant pas à dire de doubler les doses. La ministre a fait dans le sensationnel en s’attaquant au géant sans voir que derrière se dressait d’autres géants qui n’attendaient que ça. Beaucoup on applaudi chaleureusement des deux mains cette historique victoire, moi, je suis resté les bras ballant devant cette démagogie électoraliste.

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