Billet – La genèse du libéralisme

Par Chuck Noel, 

Beaucoup de personnes affirment que le Libéralisme n’est qu’une idée « moderne » et que l’Histoire n’a jamais évoquer l’individu ou les droits inhérents de celui-ci. Et bien, ils se trompent, l’Histoire dès l’Antiquité nous démontre que l’individu et ses droits ont toujours été au coeur de pensée politique. De l’Antiquité jusqu’à Locke, le libéralisme existait il était juste en maturation, puisqu’il est difficile pour l’Homme asservit de redécouvrir sa véritable nature.

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La notion de Libéralisme se conçoit au travers de la notion de droit de l’Homme ou droits individuels. Qui signifie que tout être humain dispose en chacun de droits inaliénables et universels. Ce sont les droits naturels.

 

Ces droits naturels ont le propre d’être opposable en tout lieu en tout temps et devant tout pouvoir puisqu’ils procèdent de la volonté de la nature ou de Dieu, si vous êtes croyant.

 

Ainsi, dès l’Antiquité, si on ne peut pas vraiment parler de Libéralisme, certains penseurs grecs commencent à évoquer l’individu. Si Platon évoque l’existence d’une âme humaine intérieure et que Aristote développe l’idée selon laquelle nul pouvoir ne peut avoir une vocation universelle, car la Nature est plurielle, et par conséquent on contrevient par son universalisme à l’ordre naturel. Ce seront les « sophistes » notamment le fameux Protagoras qui vont donner pour la première fois vraiment du relief à l’individu avec cette maxime : « L’Homme est la mesure de toute chose ». L’homme est au centre de la réflexion.

 

Ceux qui vont approfondir cette pensée Antique de l’individu ce sont les stoïciens, avec ce qu’on pourrait aujourd’hui appeler une « égalité de droit ». En effet, les stoïciens vont développer le concept de « cosmopolis » qui suppose la fusion des peuples autrement dit avec les mots d’aujourd’hui une Liberté ou non d’adhérer à un ordre politique. Ainsi, les individus sont égaux en droit car chaque individu dispose d’une personnalité qui lui est propre. Les esclaves aussi ! Le seul tort à reprocher aux stoïciens c’est d’être aller vers une Égalité de fait. La pensée romaine par le biais de Cicéron reprendra ce concept.

 

Vers la fin de l’Antiquité, cette idée d’individualisme ou « d’âme humaine » -pour coller plus à l’époque- va être étayer par les premiers penseurs chrétiens qui vont « christianiser » les concepts sophistes et stoïciens, ainsi tous les hommes –selon cette doctrine- sont égaux devant Dieu en tant que ses créatures. Ainsi va se développer des idées novatrices telles que le droit à la vie ou même à l’honneur autrement dit le respect de sa dignité d’Homme. Le inconvénient des doctrines chrétiennes c’est qu’elles limitaient ces droits aux seuls aspects spirituels ainsi l’organisation de la société pouvait être composées de castes inégalitaires fondées sur un prétendue droit de naissance. Le Moyen-Âge Féodal en sera le parfait exemple.

 

Mais l’apport des doctrines Chrétiennes vont être considérables à la Renaissance notamment sur la notion de droit de propriété notamment avec l’École de Salamanque et son principal tenant Francesco de Vittoria où dans son œuvre « de indis » reconnaitra les indiens d’Amérique comme individus à part entier qui ne sont pas plus inférieurs que les européens bien que pas chrétiens. Il va même plus loin, tout en dénonçant les excès des conquistadors qui spoliaient les terres aux Indiens, que ces indiens avaient un droit absolu sur leur terre et qu’ils sont dès lors propriétaires légitimes de ces terres, les conquistadores en agissant ainsi porte atteinte à leur droit naturel fondamental de propriété. C’est la première fois qu’on évoque le terme : droit de l’Homme.

 

Ce sont, enfin, les jusnaturalistes et contractualistes du 16ème et 17ème siècle qui vont parachever cette pensée de l’Individu. Avec notamment la Laïcisation du droit naturel. Grotius va au 16ème siècle développé l’idée selon laquelle il existe un ordre naturel universel inhérent à la nature humaine dont on ne peut contrevenir. De cet ordre naturel va découler des droits naturels qui sont des droits subjectifs de l’individu tels que la conservation des biens et la condamnation du vol, le respect des promesses données etc.
Au 17ème Pufendorf va aller plus loin il va entrevoir ce qu’on définira plus tard comme État de droit. Ainsi il va voir le droit comme étant le pouvoir où la Liberté où se trouve chacun de veiller au soin de sa propre conservation. Il va envisager une forme contrat social formé par des hommes égaux en droits, dont aucun n’est pas par la nature prédestiné à obéir ou à commander c’est à dire que l’obéissance ou le commandement –osons l’extrapolation- doivent résulter d’une volonté individuelle.

 

A côté, on peut aussi évoquer Montaigne qui dans son texte « des cannibales » décrit une société sans pouvoir sécularisé, mais d’un pouvoir qui apparaît seulement lorsque des nécessités l’exiges comme la guerre autrement dit d’un pouvoir spontané résultat de la volonté individuelle de chaque membre de la société ainsi décrite. Une préfiguration de l’idée d’ordre spontané de Hayek au 20ème siècle.

 

Mais ce sera John Locke qui va parachever la pensée Libérale au 17ème toujours, avec son « Traité du gouvernement civil » où il va poser les bases –en plus de ce qu’on a dit jusqu’à présent- de ce qu’on connaît aujourd’hui de l’état de droit : résultat d’un contrat conclu entres individus libres et éclairés, dans le but de renforcer la protection de leurs droits naturels qui était incertaine dans un état de nature. Dans cette société civile ainsi formée va se superposer une société politique tributaire de cette première où ses représentants seront seulement chargés de garantir les droits naturels (État régalien), à peine d’être déposés. Locke évoque même la Liberté d’aller et venir c’est à dire que chacun est libre de changer d’état s’il le souhaite.

 

La pensée individualiste ou libérale est le fruit de plusieurs siècles de réflexions autrement dit cela veut dire que l’Homme a mis plusieurs siècles pour se rappeler de ce qu’il était vraiment c’est à dire un être plein et entier mais surtout unique. Il est le sujet d’aucune forme de pouvoir qu’il n’aurait pas préalablement consenti volontairement, et non par on ne sait quel droit de naissance. Malheureusement, seul ce constat sur la véritable nature humaine a été fait, il ne reste plus désormais à présent de le mettre en pratique et c’est loin d’être gagné.

 

 

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