Rousseau, Corse et Liberté « positiviste ». (Partie 2)

Par Chuck Noel

 

Ce projet de Constitution pour la Corse est important pour Rousseau car il voit là l’occasion de mettre en application son Utopie, comme on le disait dans la première partie Rousseau va voir la société Corse… et la Société en général, comme quelque chose de fermé sans ouverture vers le monde extérieure, une société sans arts corruptrices, seul le bon travailleur qui voue sa vie à l’agriculture et à l’Etat à sa place dans sa Société. La vie du parfait citoyen fondu dans le corps social pourrait se résumé à ça : travail, État, travail, état. Bien entendu Rousseau voit la propriété comme un sujet de corruption et la va la bannir ou du moins laissé l’Etat faire sa distribution foncière de manière la plus égalitaire que possible. Il faut une répartition des individus sur l’ensemble du territoire, et il ne faut surtout pas qu’ils échangent entres eux… ou en faible quantité, et seulement par le troc. Le projet de constitution de la Corse de Rousseau est une mise en pratique de ces théories, bien qu’heureusement l’éphémère Corse indépendante influencée par le parlementarisme Anglais n’appliquera jamais ces sombres desseins. Cette seconde partie aura pour objet de présenter les fondements de cette « Constitution » Rousseauiste. Heil Rousseau !

I –Plus d’agriculture, plus de travail et plus d’autarcie pour une Corse plus saine !

 

Quel régime parfait pour la Corse ?

 

La Corse est corrompue par l’extérieure, Rousseau présente les nations étrangères comme étant à l’origine de la corruption dont il estime voir l’île atteinte. Cette corruption aurait rendu les corses paresseux, oisifs vaniteux et de facto opprimé par le « conquérant » génoise. Selon lui, la Corse serait un des seuls endroits où la population serait très proche de sa conception de l’état de nature, et ce serait cet état qui faudrait retrouver et à tout prix conserver. Alors le philosophe comme un grand « inquisiteur » se fondant sur la seule correspondance qu’il entretint avec Buttafoco, il va y établir son diagnostic en établissant une « cartographie sociale » en comparant la Corse à la Suisse, que si on veut jouer au « sociologue en herbe » est impossible…

Ainsi l’exposition de la Corse à « l’extérieure » rendrait celle-ci dépendante des autres nations qui –comme la Suisse-auraient malin plaisir d’asservir l’Ile notamment par la dépendance économique. La solution proposée par le docteur ? La suppression de tous les rapports avec l’extérieure, cela se matérialise par une fermeture pure et simple des frontières économiques et politiques, ce qui sous entend l’abolition pure et simple du commerce, de facto de la circulation monétaire : l’argent qui corromprait, la suppression des arts « inutiles », des manufactures… et se concentrer uniquement sur l’Agriculture… pour rendre l’île plus « saine ». Pour que la Corse parfaire son indépendance, elle devra préconiser une politique nataliste, Rousseau le planificateur veut abolir la Tyrannie rien que ça !

 

Donc, la société parfaite de Rousseau après cette brève présentation se résume à l’autarcie, et au planisme. C’est sûr que c’est tyrannicide d’ôter tout diversité chez les corses et toute communication avec l’extérieure.

 A –Le principe.

 

Il faut « régénérer » la Corse, il lui faut un retour salutaire aux sources telle est la volonté pour cela il faut bien entendu planifier, une politique nataliste qui ne peut se réaliser par un unique moyen, qui est une prédestination de TOUS à la culture de la terre au prorata des besoins de chacun en d’autres termes la seule vie possible pour Rousseau, est une vie d’agriculteur. C’est là nier la nature même de l’Homme, c’est à dire qu’il est un être qui a besoin de se différencier, de se démarquer, et de se diversifier, plus largement de s’exprimer.

Comment s’y prendre pour mettre en place cette « Constitution agraire » ?

 

B –L’abolition de la circulation monétaire : une société autarcique fondée sur la production agricole.

 

Comme on le disait, dans cette société fondée sur l’agriculture, il faut bien supprimer les facteurs de corruption qui selon lui est le trivium vira : ouverture, argent et propriété. Il va reprendre la même thèse que dans son « discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes ». En arguant sur le fait que l’argent corrompt, ce n’est pas l’usage fait de l’argent qui corrompt donc l’œuvre volontaire, mais l’argent en lui même. Une arme à feu rangée au fond d’un tiroir n’a encore jamais tué personne, ça se saurait. Donc, selon Rousseau l’argent susciterait la oisiveté, l’accumulation de biens, tournerait les hommes vers des passions particulières telles que l’ambition, et comble du comble l’argent serait facteur de diversification. L’argent peut être un stimulant à la créativité humaine, vite cachez moi cela ! Sans compter bien sûr le classique : « argent outil d’oppression des pauvres. » Pour éviter ce mal (v. aussi supra) Rousseau préconise l’abolition pure et simple de tout forme de commerce à base d’argent, Benjamin Franklin ne disait pas justement que jamais « aucune Nation n’a été ruinée par le commerce ». Rousseau veut limiter le « commerce »  autant que possible au seul troc, car selon lui, la négoce serait inégalitaire et tyrannique, donc la circulation d’argent doit disparaître. Il ne doit rester que l’agriculteur et l’État. Rousseau va encore plus loin, pour purifier la société (osons le qualificatif) va même jusqu’à préconiser l’abolition de ce qu’il estime être des « arts oisifs » qui corrompraient, et détourneraient le peuple du labeur « bienfaisant », comme les manufactures… En résumé, Rousseau veut rétablir la primitivité des peuples préhistoriques. Pour lui, la seule richesse d’une nation doit émaner du travail agricole et de son taux de natalité. La seule stimulation envisagée serait celle de flatterie envers l’État. Ce qui semble renvoyer à un schéma plus de population, donc plus d’ignorants –puisqu’il n’y a pas d’instruction-, ce qui donne plus de pouvoirs pour l’État.

 

C -L’égalitarisme démographique.

 

Dans sa Constitution idéale pour la Corse Rousseau préconise pour justifier sa planification nataliste, une répartition égale de la population sur toute la surface de l’Ile, chacun devra être attaché tel un serf à sa terre. Bien entendu sans possibilité de se déplacer à peine de perdre son « droit de cité » (voir infra), la Liberté d’aller et venir est compromise, voire même neutralisée. Qui dit réparation égalitaire de la population, dit suppression des villes source de vices et de oisiveté du fait de la concentration de la population. Cet égalitarisme permet de facto se poser la question de la propriété puisque toute la population est répartie de force sur toute la surface de l’ile quand est-il du droit de propriété ? –si on peut parler encore de droit…

 

D- Un droit de propriété étatisé.

 

Jusqu’à présent Rousseau « le grand architecte » nous a dessiné une Corse, fermée, monotone et égalitaire. Concernant la propriété, si l’auteur admet –à contre cœur- l’existence de petites propriétés particulières –qui nous verront ne sont propriétés particulières que de nom. Il donne carte blanche à l’État de répartir la propriété –servage- pour chacun sur toute la surface du territoire de l’Ile, mais également de réguler la propriété par le biais de lois agraires, en réalité si l’État n’est propriétaire absolu des terres au début du « régime », il finira par devenir le seul vrai propriétaire de ces terres, puisque Rousseau banni la dévolution successorale. En résumé, l’État-Léviathan est le seul propriétaire de la terre ! Une formule de Rousseau donne assez le ton et se passe de tout commentaire : « Je veux en un mot que la Propriété de l’État soit aussi grande, aussi forte et celle des citoyens aussi petite, aussi faible qu’il est possible. » Voilà que Rousseau le tyrannicide propose une… tyrannie plébiscitaire. Proudhon ne dira pas t-il le siècle suivant que : « La propriété c’est la Liberté ! » contra la tyrannie de l’État, et que la « propriété c’est du vol » lorsque c’est l’État qui se charge de la distribuer.

Cette distribution égalitaire de la terre est complétée par la « Terra di communa » qui est une terre collectivisée, pour soit disant y laisser paître le bétail.

 

E- L’État omnipotent ou la souveraineté populaire mise en application.

 

Dès lors que la propriété est égalitaire, les « propriétaires » enchainés à « leur » terre pour vivre d’agriculture. Rousseau y voit un moyen efficace d’ancrage de sa « Souveraineté populaire » qui nie totalement les volontés particulières, ainsi les « bras des hommes ne pouvant se cacher va toujours à la destination publique ». En somme, nous ne pouvons disposer de nous même, c’est l’État qui dispose de nous. Encore une fois : « La Liberté, c’est l’esclavage. » Pour étayer cette phrase Rousseau prend l’exemple que une fois agriculteur, la « chose » attachée à sa terre deviendra forcément patient et robuste et fera un bon soldat… Plus de propriété, plus de Liberté !

 

D’ailleurs Rousseau va plus loin dans la perversion la Constitution devra faire aimer l’agriculture à la population (voir infra. Sur la manipulation). Pour reprendre sa supplique du contrat social : « On les forcera à être libre. » Et bien sûr il revient au Léviathan d’instruire cette même population à l’art agricole, l’État détient selon Rousseau le savoir absolu. On en revient à une citation d’Alexis de Tocqueville qui dénoncera dans « L’Ancien Régime et la Révolution » la perversité d’un tel interventionnisme : « Le Gouvernement  central ne se bornait pas à venir au secours des paysans dans leur misère ; il prétendait leur enseigner l’art de s’enrichir, les y aider et y forcer au besoin. Dans ce but il faisait distribuer de temps en temps par ses intendants et ses subdélégués de petits écrits sur l’art agricole, fondait des sociétés d’agriculture, promettait des primes, entretenait à grands frais des pépinières dont il distribuait les produits. Il semble qu’il eut été plus efficace d’alléger le poids et de diminuer l’inégalité des charges qui opprimaient alors l’agriculture ; mais c’est ce dont on ne voit pas qu’il se soit avisé jamais. »

Au passage cette pseudo instruction de l’art agricole par l’État qui est mieux placé que les paysans présent sur place, va générer une dépendance au profit de l’État puisqu’on affirmera que seul celui-ci détient le savoir, cela signifie qu’en cas de crise majeure tout le monde s’en remettra au Dieu-État.

 

F -Le travail c’est la vie !

 

En d’autres termes et en résumé pour Rousseau il faut mener des politiques du travail, il faut inciter la population à travailler. Sans quoi elle deviendrait bien évidemment passive… et gênante. Il s’agit là, encore d’une démarche planiste, de la part de Rousseau : « Le travail, c’est le bonheur » ; « le travail c’est la Liberté ». Et rajoutons pas n’importe quel travail, l’agriculture, l’homme n’est que bon à cultiver la terre. Une vie de travail, une vie de lassitude, et osons le une vie d’asservissement, telle est la volonté du « grand » Rousseau.

Ainsi, maintenons le pouvoir sur les Hommes par le travail. Ce schéma de pouvoir coercitif par le travail est très bien illustrer dans le petit mais incontournable ouvrage de George Orwell, « la ferme des animaux », où pour maintenir la population de la ferme dans son joug, la bande de cochons « plus égaux que les autres » va sciemment saboter le moulin pour générer du travail : « piochez et posez pas de questions. »

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