Frédéric Bastiat ou l’éloge du bon sens. « Ce qu’on voit » et « ce qu’on voit pas. » (Partie 2/3)

Après une première partie sur les 5 premiers chapitres de cet ouvrage digne d’intérêt, en effet qu’on soit un libéral convaincu, ou un libéral « plus tiède », puisque ce livre traite de toutes les thématiques propres à la vie « publique ». Il est une autopsie de l’Etat. Ce n’est qu’en comprenant l’ossature de l’Etat, c’est à dire son origine qu’on peut être à même de l’améliorer. Cette seconde partie aura pour objet de traiter les chapitres 6 à 8, qui ont une démarche beaucoup plus économique « stricto sensu ». En passant par la question des intermédiaires qui ne sont pas ce qu’on croit vraiment, de la question de la restriction qui serait à contextualiser, et enfin la question des machines, qui est une problématique bien actuelle.

 

 

VI –Les intermédiaires.

 

« La société est l’ensemble des services que les hommes se rendent forcément ou volontairement les uns des autres, c’est à dire des services publics et des services privés. » C’est ainsi que Bastiat définit la société, pour lui la société est une addition d’individus qui s’entraident pour accomplir des œuvres communes, et leurs assurer un certain épanouissement. Et l’intérêt de cette phrase repose sur le fait que  Bastiat évoque la notion de « service privé » en d’autres termes, l’Etat, la Loi n’a pas le monopole du « bien être » de la Société. En effet le service public –de l’Etat donc- est une entité figée qui ne s’adapte pas aux fluctuations de la demande, et il arrive dès lors que certains pans de celui-ci deviennent inutiles. Qui plus est –selon Bastiat- relève de la force et non de la volonté des individus contrairement au service privé qui lui est une résultante direct des volontés en fonction de la demande. (Il avait exprimé une idée similaire dans son chapitre sur le théâtre et les beaux arts.)

En ce cas cette convergence de volontés se concrétise dans l’association, association dont l’individu est libre ou non de s’associer pour accomplir la réalisation de ce service.

 

Ces services publics donc l’Etat s’oppose donc aux intermédiaires dit-il : qu’ils sont un fléau qui s’enrichissent au détriment des plus pauvres. Donc l’Etat doit se monopoliser la qualité « d’intermédiaire » pour le « bien commun » car c’est contre celui ci que l’intermédiaire privé se place parce qu’il est rémunéré contre son service. « C’est ce qu’on voit ». Or, et Bastiat le dit justement, si le service public s’affirme comme étant « gratuit » (en plus d’être forcé), la réalité est tout autre, car l’Etat doit bien puiser son argent quelque part, il faut bien rémunérer les fonctionnaires. « C’est qu’on voit pas ». Et cet argent est bien entendu prélevé de force chez le contribuable pour financer un service « public » qui n’est pas forcément demandé par ce même contribuable (voir en sens le chapitre sur les travaux public, où des ouvrages sont édifiés alors même qu’ils ne répondent pas à une volonté du citoyen de s’en doter). L’Etat idéal – s’il doit subsister- doit être au service des individus, il doit faire preuve de transparence. L’idée présentée en ce sens par Bastiat dans sa « Loi » est pertinente l’Etat n’est là –originellement- que pour garantir les droits naturels de l’Homme à savoir –selon Bastiat : La Propriété, la Liberté, et la personnalité ou Sureté.

 

Donc est-ce un mal de rémunérer des intermédiaires ? Suivons l’idée de Bastiat. Si celui ci prend, par exemple, la peine pour toute la Population Française d’aller chercher telle ou telle denrée, où il serait matériellement impossible pour que toute la population Française la produise elle-même. Qu’il soit rémunéré pour la peine ? Outre le fait qu’il cherche la denrée au « meilleur marché » (voir toutefois la réserve infra «Les machines »), il transporte la denrée jusqu’au consommateur. Le transport coûte de l’argent. Pourquoi ne serait pas t-il rémunéré pour ce service ? Est-ce mieux de mandater des fonctionnaires à la recherche de ces denrées ? Car il faudra les rémunérer et créer une « logistique » d’Etat pour répartir ces denrées sur toute la surface du territoire français. Ce qui implique donc, la création de nouveaux services publics « accessoires » de la logistique ou la conclusion de conventions onéreuses avec le « privé ». Cela engendre des dépenses, dépenses directement répercutées sur le contribuable. Alors que l’intermédiaire privé dispose déjà de son réseau « de fait », qui aura naturellement une répercussion positive sur les prix, puisque le réseau de « fait » est déjà bien établi, et le jeux de la concurrence fait tendre les prix vers le bas. Si des oligopoles ne se constituent pas, ce système d’intermédiaire vaut largement, tout système légal.

 

C’est une critique très nette de l’Etat socialiste –par Bastiat, puisqu’il s’agit d’assurer une suprématie étatique en rendant le citoyen dépendant des choses dont il n’a pas besoin, et donc dépendant de l’Etat, tout en payant plus chère.

Et de plus en dehors même de la notion d’importation évoqué jusqu’alors, l’intermédiaire est nécessaire il est impossible pour toute entreprise de réalisé chaque tâche « intermédiaire » de confection d’un produit, par exemple un textile. Si c’est le cas cela tendrait obligatoirement vers l’oligopole, ou vers une étatisation absolue. La dépense et les conséquences seraient alors terribles.

 

 

 

VII –La restriction.

 

Bastiat, ici, va critiquer la « restriction » autrement dit le protectionnisme. Selon lui le protectionnisme est un acte de « vandalisme », une injustice pour le Travail national. Une violence. Pour étayer sa thèse il se sert d’un sophisme, assez proche de celui de la « vitre cassée », où il met en scène un homme cherchant à faire fructifier son industrie du fer en France, qui peine à fonctionner à cause de l’industrie du fer Belge, ce qui a pour conséquence l’achat massif de fer belge au détriment, du fer Français de cet homme. Celui-ci va donc se rendre devant le législateur, lui présenter une proposition de décret prohibant le fer belge sur le sol Français et donc concentrer  le marché du fer autour de son industrie, profitant pour l’occasion d’augmenter ses tarifs. L’industriel développe une plaidoirie sur la nécessité d’un protectionnisme qui favoriserait, stimulerait l’emploi au niveau national, tout en lui rapportant plus d’argent. « C’est ce qu’on voit » C’est là que Bastiat, s’offusque, ainsi dans un raisonnement qui est le sien, ce genre de mesure législative ou de spoliation légale (Se référer à son ouvrage « La loi ») serait contre-productif pour le travail national, donc si un forgeron achetait du fer Belge à 10 francs, et qu’il avait 15 francs dans sa poche, il pouvait donc acheter un article de mode, (critique) pour 10 francs et le remettre à l’intermédiaire pour acheter le fer. Il lui reste 5 francs, où il achètera un livre. Résultat : le forgeron favorise par son opération c’est à dire en achetant son fer en Belgique, l’industrie du fer, l’industrie de la mode, et l’industrie du Livre. Alors que dans l’hypothèse d’un décret prohibant le fer belge, l’industriel Français ayant le champ libre augmente son prix à 15 francs, résultat : le forgeron verse l’intégralité de ses 15 francs à l’industriel. Il perd 5 francs. L’industriel de la mode, ou du livre a donc un manque à gagner. Par conséquent perte sèche pour le « travail national » qui ne résumerait pas à l’industrie du fer.  « C’est ce qu’on ne voit pas »

 

Logique en somme toute très intelligente puisque si le protectionnisme tend à favoriser l’industrie du fer, c’est au détriment d’autres industries. Si l’on s’en tient au contexte de l’époque, la France était à la fois un pays en plein essor industriel, et donc le fer en grande quantité (et moins chère) lui était indispensable, mais aussi un grande pays de la mode, du Luxe, et de la Culture, le livre, l’habit avait son grande importance.

 

Si le raisonnement de Bastiat semble purement « utilitariste », on peut lui rapprocher un discours national. La France ne se résume pas à une « niche ».

 

Toutefois, le contexte actuel semble tempérer, voir exclure le raisonnement de Bastiat. Si son raisonnement était le lucide pour l’époque. La Globalisation actuelle nous interdit de réagir ainsi du fait des trop grandes disparités, sociales, économiques, l’émergence d’oligopole multinationale, ou encore par l’expansion du « fléau » tertiaire. Qui sauf, a accepté un retour à l’état primitif pour de nouveau évoluer –cette fois ci-dans le droit chemin du Libéralisme originel. La nécessité du Protectionnisme est plus que nécessaire, bien sûr il doit être « intelligent », et ne pourrait qu’être provisoire, le temps qu’une Nation se redécouvre dans ses industries. A ce moment là, le raisonnement de Bastiat pourrait coller à notre époque.

 

 

VIII –Les machines

 

Les machines réduisent les coûts, donc les prix, si un ouvrier est écarté au profit de la machine, le « patron » gagnera au change une somme, qu’il épargnera et qu’il investira –nécessairement- à l’œuvre nationale, diversifiant le marché donc l’ouvrier tari retrouvera du travail. Le raisonnement de Bastiat se résume à cela, si à son époque les machines étaient encore très secondaires, ce qui permettait de rendre cohérent son raisonnement. Aujourd’hui, il n’en rien, la machine dans certains secteurs est au centre de tout. S’il est vrai que l’homme tend vers le « bon marché »-comme le souligne Bastiat, il ne doit pas oublier de se raisonner qu’au prix de son « bon marché » il néglige son talent, la qualité de ses œuvres, donc leur durabilité, sachant que l’Homme « est » pour ce qu’il « crée » (entres autres), comment pourrait-il « être » lorsqu’une de ses « œuvres » « bon marché » tombe en désuétude au bout d’un délai très court ?

 

Toutefois, l’argumentation de Bastiat n’est pas dénuée de bon sens.

Si on suit le raisonnement de Bastiat : une machine est inventée, et rend l’emploi d’un ouvrier à 1francs inutile, l’employeur le licencie, ce dernier gagne 1 franc. Il semble s’enrichir sur le dos du pauvre ouvrier. « C’est qu’on voit » mais il rajoute que si une paire de bras supplémentaire se retrouve inoccupé, c’est un franc de plus pour l’employeur, qui peut réinjecter cet argent en baisant le prix de sa marchandise, donc en faire profiter tout le monde, donc inciter à la consommation, donc à la production et l’émergence d’industries nouvelles, et une augmentation du confort. Pour Bastiat ce progrès industriel est un salut pour l’Humanité toute entière. « C’est ce qu’on voit pas ». Même s’il émet une réserve réaliste, que l’incitation à la consommation et par la même l’augmentation de la consommation ne vaut pas dans tout les cas. (Voir l’exemple du chapeau).

 

Si son raisonnement « optimiste » n’est pas dénué de bon sens, il n’a pas prévu que très vite l’accroissement consommation ne tendra pas irrémédiablement vers le confort « utile », mais vers un confort « hédoniste » c’est à dire  en d’autres termes vers une forme de « domestication ».

 

Concrètement le confort « hédoniste » est un des pires fléaux qui peut arriver à l’Humanité puisqu’ici servage se fait inconsciemment, c’était une des pires craintes de Tocqueville en « temps d’égalité » puisque l’homme s’oublie lui même. Oublie ses capacités. Oublie sa Liberté même !

 

Cet avènement de la machine a pour conséquence donc « le bon marché », qui donne le travail à la chaine, qui lui même prend la forme du « nivellement par le bas ». L’Homme au service de la machine n’est plus un Homme polyvalent, un homme de talent, un faiseur de « beau ». Il n’est plus apte à rien hormis sa tâche répétitive, plongeant sa vie dans une douce « monotonie ». Et quand il ne « travail » pas, il consomme.

 

La Machine si l’on se tient au raisonnement de Bastiat, n’aboutit pas au chômage, mais pire encore (aujourd’hui.) à l’inactivité, à la léthargie professionnel. Le consumérisme « hédoniste » a fabriqué à côté de ces machines de métal, des machines « en chair et en os ». Des hommes dénué d’initiative, de développement personnel réduit à l’état de « larve » par l’esclavagiste du confort « hédoniste ».

 

Bien sûr, il faut le préciser la machine n’est pas responsable en tant que telle, c’est ce qu’en à fait l’Homme. Et comment la Société et l’Etat l’ont accueilli ? Et bien comme un « don » divin permettant de déchargé l’Homme de tout effort. Or, le « don » divin ne réside pas dans l’expression des facultés humaine ?  L’Etat a misé sur le mauvais cheval en décidant d’assister les « inactifs », ou si ce n’est pas justement pour mieux dominer –qui sait ? Car ceci devenant dépendant de la « Loi » édictée en ce sens, deviennent de véritables « dévots » de l’Etat. (Le crédit est l’instrument de cette facétie)

 

Soulignons le, Bastiat expose –implicitement- que l’avènement des machines pousserait à la diversification industrielle, si à son époque elle était encore possible, désormais, son raisonnement tombe à l’eau, puisque le développement des machines a entrainé une mise en désuétude des secteurs primaire et secondaire en France, pour miser sur le tertiaire ou service –dont l’utilité (suivons le raisonnement de Bastiat) est douteuse.

 

On conclura sur une phrase de Simondon « l’automatisme est un assez bas degré de perfection. Pour rendre une machine automatique, il faut sacrifier bien des possibilités de fonctionnement. […] Le véritable perfectionnement des machines, celui dont on peut dire qu’il élève le degré de technicité, correspond non pas à un accroissement de l’automatisme, mais, au contraire, au fait que le fonctionnement d’une machine recèle une certaine marge d’indétermination. C’est celle-ci qui permet à la machine d’être sensible à une information extérieure ».

 

La machine n’existe que par l’Homme, et non l’inverse. Comme pour l’économie, elle doit être au service des hommes et non l’inverse. L’artisan c’est l’Homme pas la machine. Bref. Un argumentaire de Bastiat à contextualiser.

 

 

 

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